Los herederos, les enfants héritiers d’Eugenio Polgovsky

Après Tropico de Cancer , le talentueux réalisateur mexicain Eugenio Polgovsky nous revient avec un nouveau documentaire qui traite du sort des enfants contraints de travailler pour contribuer à l’économie de leur foyer. Dans des champs de tomates, sur les routes, dans des ateliers de tisserands, dans des fermes, des enfants -parfois pas plus haut que trois pommes- bêchent, cueillent, piochent, soulèvent des pierres, portent de l’eau, sculptent le bois et compromettent ainsi leur santé et leur avenir. Les mains pleines de ciment ou le dos vouté, ils s’affairent, semblant ignorer la présence de la caméra, trop concentrés à l’exécution de leurs besognes…

La caméra glisse sur eux, capte leurs regards, leur désarroi, le plus souvent leur résignation, se faisant parfois aussi l’écho de leurs rires enfantins ou de leurs chansons d’amour aux paroles d’adultes…

Los Herederos est un très beau documentaire… Le réalisateur s’est volontairement effacé pour faire de ces enfants les porte-parole silencieux d’une cause perdue: celle du travail des mineurs dans les zones rurales au Mexique. Ces enfants, ne se rebellent pas, ne crient jamais et semblent même souvent très heureux d’aider leurs parents ou grands-parents…Ils sont les héritiers d’une manière de vivre qui n’a rien à voir avec celle des enfants des rues, tout aussi défavorisés qu’eux, mais peut-être plus enclins à se révolter contre leur destinée. A la campagne, on travaille. Mais, de quoi hérite-t-on? Le documentaire ne répond jamais vraiment à cette question. Sont-ils les héritiers de la pauvreté des parents? ou de la résignation des aînés qui le visage ridé et le corps défait continuent inlassablement à s’atteler aux tâches qui rythment leur quotidien et font d’eux des travailleurs infatigables ? La caméra passe du visage d’une enfant à celui d’une vieillarde. Une manière simple mais efficace de signifier la fatalité, le destin déjà écrit de ces petits êtres en devenir… La bande-son qui fait appel à de nombreux morceaux du répertoire populaire mexicain (rancheras notamment) anime et rythme le travail de tous: il y aurait-il de la joie malgré tout?

Si Los Herederos fait preuve d’une maîtrise technique indéniable et d’une grande beauté, le parti-pris du réalisateur mexicain de n’inclure aucun dialogue, très peu de paroles et surtout aucun commentaire, peut dérouter le spectateur. On aurait aimé en apprendre davantage sur le travail et surtout l’existence de ces enfants: trouvent-ils le temps d’aller à l’école? Quelles sont leurs relations avec les parents? Quelle est la position des élus locaux au sujet du travail des mineurs? De même, si le dossier de presse mentionne qu’Eugenio Polgovsky a tourné dans six états différents (Sinaloa, Nayarit, Puebla, Guerrero, Veracruz, Oaxaca), le film ne fait pas vraiment état de réalités distinctes entre les états? N’y en aurait-il pas?

Malgré cela, Los Herederos, documentaire qui lorgne du côté de la fiction, permet au spectateur d’aller à la rencontre d’un Mexique authentique et onirique à travers des séquences très poétiques… On espère aussi que le réalisateur n’a pas fait le tour de son sujet et réalisera un autre projet qui permettra d’aborder les questions laissées en suspens…


Los Herederos – Les Enfants héritiers – Bande… par _Caprice_

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