Cinemapolis à L’Etrange Festival

La programmation a commencé avec le plus grindhouse de tous les films retenus, Hobo With a Shotgun de Jason Eisener, puisqu’il a été tourné dans le contexte du concours de fausses bandes-annonces lancé par Robert Rodriguez. C’est donc, après Machete , le second film à véritablement prendre forme consécutivement à l’engouement suscité par le trailer.
Jason Eisener, à qui l’on devait déjà Treevenge , un court dans lequel des sapins se vengent des violences et des humiliations qu’ils subissent pendant Noël ( ! ) signe là un film hors classe, qui tient des productions Trauma – l’action se passe dans une ville fictive, ghetto immense, barbare et chaotique, qui rappelle le Traumaville des films de Lloyd Kaufman – et du vigilante flick 80’s.

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Un SDF débarque dans une ville sordide ; précisons ici, pour plus de clarté, que si la négligence des services de voiries contribue à la mauvaise impression générale, ça n’est pas, pour autant, le principal problème : on exécute en pleine rue, en plein jour, en convoquant les passants, à l’occasion de spectacles féroces, improvisés, de streets happenings déments. Et si dehors on tue, dedans on torture. Tout ça chauffe bien notre SDF, qui d’abord ne s’en mêle pas mais qui, après avoir écopé d’une dérouillée en voulant protéger une prostituée d’un agresseur, s’arme d’un fusil à pompe et décide de prendre à sa charge les problèmes de sécurité locales.
C’est un foutoir magenta et bariolé, ultra-violent, un agrégat disparate d’influences variées ; de SOS Fantômes à Street Trash ; qui se soucie peu de cohésion. On ne sait ni où on est ni quand on est ; ça pourrait aussi bien être de la science-fiction. L’unité n’est donc pas à trouver dans la reconstitution d’environnements et de situations réels, mais dans ce gros collage 80’s, cinéphilique et geek.
Le film n’évite pas certains écueils, notamment que ce qui était drôle dans la Bande-Annonce parce que ridicule, est vraiment ridicule dans le film – on pense notamment à l’obsession du héros d’acheter une tondeuse à gazon – mais ça reste malgré tout, disons-le encore une fois, une déferlante de folie furieuse qui tient bien ses promesses.

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Le 2nd film, Tucker & Dale fightent le mal ( Tucker & Dale VS Evil ) est une parodie de survival où le point de vue n’est pas du coté de l’éternelle bande d’étudiants partis camper ( et fricoter ) au grand air, mais des 2 rednecks, traditionnellement tortionnaires illettrés, et là, exceptionnellement, juste bons potos en weekend de pêche. Peu importe, ils suscitent la méfiance ; les apparences inévitablement prennent le dessus, et s’ensuit une série de méprises fatales et malentendus mortels.
L’idée est bonne, mais le film, malgré une bonne dose de gore, a quelque chose d’un peu trop timoré. C’est peut-être de suivre à Hobo With a Shotgun qui donne cette impression. Reste qu’il a emporté l’adhésion du public.

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Le 3e film, Norwegian Ninja , attendu de tous les amateurs de nanars, alléchés par un titre très prometteur, a certainement été le film le plus surprenant de la sélection. Dira-t-on qu’il a été à la hauteur des attentes de ceux qui guettaient les défis solennels, la guerre à la bombinette, au roulé-boulé et au katana, mettons que non, mais il a pleinement mérité de figurer au festival de l’Etrange. Exagérément parodique et en même temps profondément 1er degré ; on se demande quel genre d’impressions les films de Michael Dudikoff ont fait à l’auteur. Il y a en arrière-plan une histoire d’espionnage authentique auquel se greffe un postulat grotesque : celui d’une communauté mi-ninja-mi-hippie, recluse et secrète. On sourit. Mais à mesure que le film avance, on se demande, de perplexité et de stupeur, si le réalisateur ne prend pas un peu au sérieux son Larzac ninja. On veut croire que non ; le héros se branche avec des pinces-crocos sur la batterie d’une voiture pour récupérer son énergie et faire des électrochocs avec les poings à son disciple évanoui ; mais en même temps le manque d’humour et l’héroïsme de pacotille font douter. Le public est passé du rire par anticipation à un silence inquiet. On ne tranchera donc pas, mais l’Etrange Festival tenait bien là un film vraiment étrange .

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Le programme s’est clos à quelque chose comme 6 heures du matin, avec la projection du « classique » 2019, Après La Chute de New York ; resucée pas gênée du New York 97 de Carpenter, par Sergio Martino. Seul film de la sélection à ne pas être un inédit donc. C’est stupéfiant de bêtise, agréablement con disons autrement, et la pauvreté budgétaire souvent mise en avant pour justifier les faiblesses du film n’est pour rien là-dedans ; les moyens mis en œuvre d’ailleurs tiennent presque la route. C’est bien le scénario qui supporte à lui seul le naufrage artistico-intellectuel d’un tel film. Qu’on se le tienne pour dit.

A 8h du matin, le cumul de fatigue, de café, mêlé au déversoir d’images psychotroniques vues, a créé une chimie neuronale dangereuse, un engourdissement de l’esprit que seul un long sommeil pouvait purger. Ou pas. Peut-être que les dommages furent irréversibles.

Quoiqu’il en soit, nous félicitions une nouvelle fois l’Etrange Festival pour l’audace de sa programmation autant que sa capacité à dénicher des bandes plus cintrées les unes que les autres.

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