La fée

On retrouve dans La Fée le couple formé par Dominique Abel et Fiona Gordon dans L’iceberg et Rumba. Mais, ce nouvel opus de leurs aventures nous propose de plonger visuellement et métaphoriquement dans la genèse de leur amour… La rencontre entre Dom et La Fée (Fiona) ne fut pas sans accrocs. Le schéma narratif adopté par les trois comparses réalisateurs épouse celui, classique, des contes de fée. Rencontre improbable, séparation, épreuves, retrouvailles et famille… Le bébé du film, venu cimenter leur union, ne constitue pas moins un challenge pour ces doux-rêveurs habitués à vivre sur une autre planète… La Fée: conte sur le sortir de l’enfance? Peut-être… Avec Youkali de Kurt Weill comme chanson-phare et climax dramatique, La Fée, malgré sa joie débordante, nous rappelle qu’un monde où tout ne serait qu’amour n’existe que dans les rêves…

Sans jamais alourdir son propos, La Fée montre une succession de personnages aliénés à leur propre souci de quiétude ou de sécurité… Des clandestins africains, un touriste anglais soucieux de retrouver son petit chien blanc, des vigiles apathiques, un barman myope et mélancolique…

Avec l’irruption de La Fée dans le quotidien de tous ces individus isolés, c’est un processus de don et contre-don qui se met en place. Les personnages sont obligés de donner, partager, rendre, payer, aimer, recevoir… La Fée, enfermée dans un hôpital psychiatrique, parvient à s’en extraire avec la complicité de Dom, et ses interventions chaotiques finissent par construire du lien, du sens…

Avec une économie de moyens techniques et langagiers, l’émotion affleure puis abonde. Les pantomimes du couple Dom et Fiona, leurs danses aquatiques , les courses-poursuites en moto ou à pied traduisent une volonté de s’évader, de transformer un quotidien ennuyeux en une suite d’aventures rocambolesques… Loin de donner un effet bricolé ou suranné au film, les procédés techniques (rétro-projection, double exposition, escaliers horizontaux) utilisés par les réalisateurs montrent qu’il suffit d’un rien pour réenchanter le monde… Les réalisateurs exploitent au mieux les maladresses de Dom et le côté jusqu’au-boutiste de La Fée, attachant couple de clowns. On pense à Buster Keaton , Tati ou Jacques Prévert, c’est un peu tout ça et autre chose à la fois.

Gordon, Abel et Romy continuent leur exploration des mondes intérieurs qui les habitent et signent de nouveau un film très poétique qui tout en faisant preuve de légèreté, invite à la réflexion… Une œuvre rafraichissante et sans prétention, vraie dans son propos et sa construction… Le bon film de la rentrée…

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