Belleville-Tokyo

Deux jeunes trentenaires se quittent, se retrouvent pour mieux se séparer sur fond de visionnage de vieilles bobines de films…L’amour du cinéma les a certainement conduit l’un vers l’autre. Il finira par les séparer. Côté pile, nous avons…Elle: les pieds sur terre, attachée de presse un peu gauche pour les cinémas Action. Lui: critique reconnu, toujours en partance vers d’autres écrans et univers. Il lui annonce, la veille du début de la Mostra, qu’il la quitte pour une autre femme qu’il va rejoindre à Venise. La scène se passe sur un quai de gare. Il lui dit qu’il l’aime mais qu’il n’est pas amoureux d’elle. Plus cinématographique, impossible…Le bruit des trains couvre leurs voix. Elle va découvrir qu’elle est enceinte.

Coté face: un homme pataud dans ses explications, qui cite ses maîtres en bredouillant. Un homme gêné, même dans ses excès de violence, quand il tente malhabilement de retenir la compagne qu’il a trompée. Elle: fille spirituelle des responsables d’Action. Ces derniers veillent sur elle. Ils regrettent l’époque des hommes, des vrais et ne semblent pas apprécier le choix amoureux de leur protégée…Lui, souvent emprunté, ne semble pas cadrer avec le décor, que ce soit à Belleville ou dans un chalet, chez des amis, après son vrai-faux voyage à Tokyo…L’appartement cossu de la jeune attachée de presse, il n’arrive pas à l’habiter et le spectateur lui trouverait presque des excuses. On soupçonne papa et maman d’être à l’origine de la relative aisance matérielle de sa compagne…Il est toujours à l’étranger, même chez lui. Il la juge trop cruelle, froide…c’est qu’elle le domine de son cynisme, de ses certitudes d’enfant gâtée. Il la voudrait fragile, elle est un roc inamovible qui perce ses défenses, ses mensonges, ses secrets tout en demeurant impassible face au drame qui devrait l’anéantir…

Au final, l’héroïne à secourir n’est pas celle -pardon, celui qu’on croit. Belleville-Tokyo nous offre un beau portrait d’homme paumé, qui rêve sa vie en cinémascope alors qu’il n’est qu’un simple critique dont l’avis n’intéresse plus sa femme depuis longtemps. Jérémie Elkaim est parfait en séducteur lâche tandis que Valérie Donzelli fait immanquablement penser à Chiara Mastroianni, en vestale indéboulonnable. Le film doit beaucoup à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, complices à la ville puisqu’ils ont déjà tournés ensemble dans La Reine des pommes où Valérie Donzelli se faisait déjà plaquer…Enfin, on appréciera la reconstitution de l’ambiance Action, reconstitution qui puise au cœur des souvenirs de la réalisatrice Elise Girard . Elle fut attachée de presse auprès de Jean-Marie Rodon et Jean-Max Causse au Grand Action.

Avec Bertrand Burgalat à la musique et Renato Berta à l’image, Belleville-Tokyo, film aux accents Nouvelle Vague, se dote de la douceur qui sied aux histoires d’amour qui se terminent mal sans que l’on sache vraiment pourquoi…

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