Midnight in Paris

On aurait pu craindre une suite de belles cartes postales, sans âme, conçues à l’intention de riches touristes américains mais, n’en déplaise aux grincheux, si le film frôle parfois la caricature, notamment dans sa peinture de la vie conjugale d’Américains fortunés, ce conte fantastique qui fait ressusciter les mentors d’un écrivain raté (alter-ego de Woody) n’a rien à envier à d’autres envolées alléniennes, passées depuis quelques années à la postérité.

En embarquant dans la vieille Peugeot qui permet à Gil, scénariste frustré, de voyager de son présent plat et mercantile à souhait vers les années folles, on songe bien sûr à La rose pourpre du Caire .…Mia Farrow, mal-mariée et résignée à supporter les frasques d’un mari violent, volage et vulgaire, s’échappait au cinéma, au bras d’un aventurier élégant coiffé d’un casque colonial. Les rêves de la jeune femme devenaient réalité quand le personnage sortait du film pour lui déclarer son amour…

Dans Midnight in Paris, c’est une époque emblématique des arts, dans leur ensemble, qui permet au personnage principal de supporter la vacuité de son présent, le cinéma n’étant présent qu’à travers la figure d’un Luis Bunuel jeune. C’est moins le divertissement sur grand écran ou la féérie technique qui permettent à l’imagination de se déployer que la nostalgie pour un passé révolu et complètement fantasmé…

Woody Allen refait-il toujours le même film ? Peut-être…Il va sans dire que son œuvre constitue une suite de variations autour de mêmes thèmes : le pouvoir de l’imagination, les angoisses et le narcissisme du créateur, la légèreté des sentiments… Mais, même si la filmographie de Woody comporte des perles ( Match Point , Le rêve de Cassandre ) qui semblent se distinguer du corpus, c’est avant tout parce que ses réalisations sont immédiatement identifiables qu’elles font œuvre.

Dans Midnight in Paris , la réflexion sur la liberté de jouissance que procure l’imagination à ceux qui butent contre le réel se double d’un hommage aux maîtres à penser du réalisateur, lequel ne parvient pas réellement à leur accorder une profondeur ou intensité dramatique. En effet, Woody se contente de leur donner chair en mettant en avant une ou deux des particularités que de mauvais biographes ou le grand-public ont pu leur prêter : narcissisme outrancier pour Dali, interprété par Adrian Brody, virilité et volonté d’en découdre pour Hemingway, troubles de l’humeur pour Zelda Fitzgerald…

Si le présent déçoit autant Gil Pender, c’est qu’il est complexe et que les situations de la vie quotidienne ne peuvent se résumer à quelques vignettes embellies par le désir nostalgique d’avoir appartenu à une époque révolue…Mais, la morale du film semble dire que seul le présent peut être modifié…

A travers un plaisant marivaudage amoureux – à quelques semaines de son mariage, Gil tombe amoureux d’Adriana, jeune muse des années folles qui aurait aimé vivre à Belle Epoque- Woody Allen recrée selon ses propres fantasmes un petit monde artistique (le couple Fitzgerald, Gertrude Stein, Man Ray…) qui se révèle bien charmant. Midnight in Paris se veut sans prétentions historiques et permet au cinéaste de décliner une nouvelle fois ses thèmes favoris dans un magnifique écrin: Paris.

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