El Velador

Il s’agit du cimetière des narcotrafiquants de CULIACAN au Mexique. Luxe extravagant des tombes payées par l’argent de la drogue. Seules les dates de naissance et de décès attestent de l’absurdité de cette nécropole exubérante. Mausolées de plusieurs étages, marbre, lustre en cristal, tout n’est que démesure. C’est là que Martin, le veilleur, retourne la terre, nettoie les tombes et vit pauvrement dans une sombre cahute…

A la nuit tombée, Martin écoute, sur sa veille télé, les atrocités liées au trafic de drogue et son cortège de morts diffusées au journal. N’oublions pas que depuis l’avènement du président Calderon , il y a eu plus de 21 000 MORTS au Mexique. Peu de dialogues dans ce documentaire mais une très belle photographie pleine de lumières. Pas de réponses aux questions que le spectateur peut se poser. Juste un état de fait et des vies rythmées par la mort.

Dans ce cimetière dérisoire, une mini armada construit des mausolées chaque jour tandis qu’une jeune veuve, inlassablement, fait briller le marbre, remplace les fleurs et pose des bougies. Dehors, un enfant saute entre les tombes. Ici, le culte des morts, cher aux Mexicains, prends une signification particulière, les trépassés sont vénérés au quotidien et affichent leur richesse.

Ce film est une très lente déambulation dans un cimetière surréaliste où se croisent les vies des ouvriers, du veilleur impassible, des assassins jeunes, des riches, même dans la mort, et des pauvres comme Martin. Le seul rythme est celui des ouvriers qui travaillent frénétiquement. La violence est suggérée: un corps décapité, un bain de sang, une fusillade et un homme qui regarde, écoute et arrose la terre du cimetière comme s’il s’agissait de son jardin.

NATALIA ALMEDA a choisi l’esthétique au détriment de l’émotion. Ainsi, lors de funérailles, si l’on entend les cris de la mère du défunt, la caméra s’éloigne très vite pour franchir les portes du cimetière et filmer un vendeur de noix de coco. La vie malgré tout? Ces petits riens contre le tout pouvoir des narcos et l’impuissance des politiques.

Née en 1974, NATALIA ALMADA, photographe de formation, connaît le succès avec son court métrage en 2002 « All water has a perfect memory » suivi de « Al otro lado », son premier long métrage documentaire sur l’immigration, le trafic de drogue et la musique en 2005. En 2009, elle reçoit le prix de la meilleure réalisatrice de documentaire à Sundance pour « El General. » Cette année, El Velador, est présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Souhaitons-lui « suerte », il le mérite.

El Velador , film d’une grande sensibilité contenue, est réservé à un certain public pour son rythme lent et ses scènes répétitives. Tout est dans le non-dit. Pas de violence, pas de sang, juste une lenteur qui vous laisse désarmé face à l’inacceptable.


El Velador (extrait 1) par IsabelleBuron

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