La mosquée, de Daoud Aoulad-Syad

Moha, agriculteur, veut récupérer son terrain, son gagne-pain. Pour le tournage du film En attendant Pasolini , une équipe de cinéma a fait construire des décors dans le petit village de Zagora , au sud du Maroc. A la fin du tournage, tout a été détruit sauf la Mosquée carton-pâte qui a été investie par les croyants et un acteur autoproclamé imam…

Depuis, Moha (Abdelhadi Touhrach) fulmine et perd la raison. Il essaie tant bien que mal de faire comprendre aux autorités du village, religieuses et administratives, que la mosquée doit être détruite afin qu’il puisse de nouveau jouir de ses terres.

Mission impossible: les religieux s’élèvent contre la destruction d’une œuvre érigée à la gloire du cinéma devenue l’instrument de Dieu et les responsables administratifs ne détruiront rien sans en avoir obtenu une autorisation écrite de la part du directeur du Centre Cinématographique de Rabat.

Que faire alors? Se rendre à Rabat après avoir vendu sa moto, sa seule richesse désormais. Faire appel à l’imam Sellam, le seul à avoir été dans une école coranique, chassé du village par d’autres religieux, jaloux de son savoir et de son succès auprès des humbles…

Sellam, imam juste, intègre mais un peu trop révolté, n’est pas de taille pour lutter contre le faux imam qui a investi la mosquée construite sur le terrain de Moha. L’indignation de l’un ne peut lutter contre les alliances politiques nouées par l’autre.

Le film suit les tribulations de Moha et de Sellam, bien décidés à dénoncer l’absurde de la situation. Le réalisateur Daoud Aoulad Syad revient sur les lieux du tournage d’En attendant Pasolini afin de tourner un nouveau film qui débute l’un où l’autre s’était arrêté. Ou comment les conséquences directes d’un tournage suffisent à créer un nouveau récit, qui s’enracine dans le quotidien des habitants…

Le drame de Moha est celui d’un homme intègre mais naïf qui s’en remet aux puissants et aux dirigeants sans comprendre que les autorités de son village n’ont que faire du Bien commun et de la justice.

L’opposition entre les différents imams illustre la rencontre antagoniste entre deux traditions religieuses: une tradition du rite, celle du faux imam, très habile à jouer sur les apparences, et une tradition, plus âpre, moins séduisante, celle du livre, incarnée par Sellam, l’imam relégué à al sortie du village et dont la voix retentit dans le cimetière…

Le comique de situation réside dans les dialogues, très savoureux, le visage, médusé, de Moha, et surtout les scènes où il retrouve son épouse, agacée de l’entêtement de son conjoint qui en oublie de circoncire son fils.

Filmant ces personnages au plus près de leur réalité matérielle et morale, le réalisateur traite avec beaucoup de chaleur beaucoup de thèmes actuels: la place du religieux dans la société rurale marocaine, les relations hommes-femme, le désir de modernité…

Et, malgré une fin qui met l’accent sur la critique sociale, le film pose surtout la question de la place que peut revêtir le cinéma dans le cœur de populations qui, « prêtant » leur lieu de vie aux acteurs, décorateurs et réalisateurs d’un jour, restent marquées à jamais par cette expérience…

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**