D’un Film à L’Autre

Pour fêter les 50 ans de carrière de Claude Lelouch, en fait les cinquante ans de la création de Film 13, structure de production créée pour les besoins de son 1er film, et depuis derrière tous les autres, Film 13 donc, propose une rétrospective filmographique de l’auteur d’Un Homme et Une Femme commentée par lui-même.

Il y a un brin de nostalgie dans la démarche mais avant tout c’est un appel : celui de Lelouch vers son public qui a boudé tous ses films de la dernière décennie, et qui entend bien se remémorer le bon temps, comme d’un couple en crise qui dans une dernière tentative de réconciliation se rappelle aux premiers instants.

Il est intéressant de voir comment Lelouch associe totalement la qualité de ses films à la réception du public : s’ils n’ont pas marché, c’est qu’ils n’étaient pas bons. Et inversement.
A tel point qu’à chaque échec il semble jouer son va-tout sur le film qui suit ; financièrement d’une part, et émotionnellement d’autre part : le désaveu du public lui est trop amer. Bien sûr nul auteur n’est indifférent à l’insuccès, mais il faut savoir prendre ses distances et faire la part des choses : on le sait, ratage commercial ne veut pas dire ratage artistique.

Mais si Lelouch n’aspire qu’à satisfaire le public ou disons ne se satisfait que si le public l’est aussi, c’est que celui-ci, gloubi-boulga polymorphe et fluctuant, est, et a toujours été, un miroir des vanités. Qu’il ne réponde pas présent, c’est une blessure à l’orgueil. Brûlante.

Qui donc s’identifie à une telle entité, qui, en étant tout le monde, n’est personne ? Il y a un narcissisme énorme à vouloir être aimé d’une masse aux contours aussi flous. Folie de l’amour-propre qu’on voit plus d’ordinaire chez les starlettes de la variété, mais qui est susceptible de contaminer tout créatif qui remet entièrement l’appréciation de son travail au jugement des autres.

En vertu de quoi Claude Lelouch ne se rend peut-être pas compte que le public d’aujourd’hui, si on consent à lui céder une forme, n’est plus le même que celui d’hier. Ce n’est pas tant lui, Claude Lelouch, qui fait des films un peu moins bons parce que voilà, l’humeur ou l’esprit n’y était peut-être pas – mais qu’on ne se trompe pas l’homme est le même, inchangé, semble-t-il clamer à chaque minute – mais les gens qui n’ont finalement plus envie, ou moins envie, de voir des films de Claude Lelouch.

Enfin, ne soyons pas aussi catégorique, mais avançons que son cinéma ne doit plus être autant en phase avec le goût du public que par le passé. Il y a certainement eu de la modernité dans ses débuts, mais « un film de Claude Lelouch » a aujourd’hui des sonorités un peu classique sinon même gentiment réac. Et après tout c’est normal.

Mais il ne cesse de justifier, d’expliquer pourquoi il a raté tel ou tel film. Il y a de l’incompréhension, c’est terrible, ce public qui ne le suit plus, c’est son ego qui se fait la malle. C’est qu’il doit se voir un peu comme une émanation du celui-ci, une incarnation de la somme des gens.

Un peu conscient de cette inflation égotique, il a tenté pour son avant-dernier film, Roman de Gare , le pseudo. Sous le nom d’Hervé Picard, il a essayé de faire un film qui ne l’oblige pas à rendre des comptes avec son public, c’est-à-dire avec son amour-propre. Mais en définitive, on se demande si ce n’était pas plutôt une tentative de prouver qu’il était toujours dans le coup en tentant de se faire passer pour un jeune premier.

Le voilà donc en reconquête de son prestige d’antan à travers ce film, témoignage de sa carrière en même temps que plaidoirie d’un homme qui se sent victime d’un procès injuste.

Décidément Claude Lelouch ne cessera jamais d’être Claude Lelouch.

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