Cyclone A La Jamaïque

 

Entre les petits garçons et les petites filles, bien élevés, mais à la moralité inachevée, encore cruellement enfantine, et les pirates, rustres, sans éducation, simples intellectuellement, se construit une sorte d’harmonie. Les jeux des pirates sont des jeux d’enfants – ainsi de ce passage où leur chef, Chavez (excellemment interprété par Anthony Quinn) mime un taureau enragé pendant une corrida virtuelle sous les hourras de ses hommes – et les enfants se sentent plus à l’aise en compagnie de cette confrérie immature, qui vogue librement, hors-la-loi, qu’avec les « vrais adultes » et leurs dogmes, leurs principes. A aucun moment ils n’ont le sentiment d’avoir été capturés par des pirates; juste d’être passés sous l’autorité d’adultes qui leur semblent plus proches d’eux, quitte à montrer de l’indifférence pour le sort de leurs protecteurs. Inconscience de l’âge.

C’est, si on veut, une vie de pirate, comme peut en rêver un enfant, et en même temps la réalité derrière cette flibusterie d’apparence candide est bien là; il y a des morts et des accidents, et les pirates, sont, dans le fond, bien incapables de prendre en charge ces enfants, autant qu’ils sont, dans une mesure identique, incapables de se prendre en charge eux-mêmes.

Mais ce n’est pas seulement les enfants qui vivent au rythme de pirates, que les pirates, eux-mêmes, Chavez en particulier, qui se métamorphosent à leur contact, voyant en eux leur alter ego en format réduit. Petits démons et géants benêts cohabitent ainsi. Dans ce monde de simplets et d’enfants malins donc, s’instaure, par ailleurs, une complicité ambiguë entre Chavez, le gros pirate bourru et maladroit, et la petite Emily, l’aînée du groupe; celui-ci fera tout pour la protéger jusqu’à revoir les raisons qui l’ont mené à prendre la mer, et pour lesquelles ses hommes l’ont suivi.

 

Cyclone à La Jamaïque est un film sur l’apprentissage et l’expérience. L’éducation que devaient recevoir les enfants en arrivant en Angleterre, faites de baguettes, de rigueur et de convenances sociales est, bien entendu, substituée par cette aventure maritime aux cotés d’authentiques pirates. Bien évidemment, Emily et les autres enfants reviennent finalement dans leur patrie pour y apprendre le british behaviour et devenir de futurs ladies and gentlemen , mais le dernier regard que porte Emily sur un bateau miniature qui flotte sur un bassin en dit long sur son parcours initiatique et sur peut-être, sa vraie éducation. Car c’est en mer, en définitive, qu’ils auront tout appris.

Parallèlement, Chavez a ce retour en grâce, cette redécouverte de soi par le biais de ces enfants, qui lui rend sa dignité, bafouée par une vie d’errance et de piraterie.

Très beau film signé Alexander Mackendrick.

Titre : A High Wind In Jamaica

Réalisation : Alexander Mackendrick

Scénario : Stanley Mann, Ronald Harwood et Denis Cannan d’après le roman de Richard Huges

Interprétation : Anthony Quinn, James Coburn, Deborah Baxter
Musique : Larry Adler

Pays : Etats-Unis / Angleterre

Année de sortie originale : 1965

Date de resortie : 6 avril 2011

Durée : 1h44

Distribution : Swashbuckler Films

Images : Swashbuckler Films

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