Essential Killing

Essential Killing est un survival . A sa façon, l’un des plus épurés à avoir été tourné à ce jour. Du héros, on ne sait rien, tout juste suppose-t-on qu’il est un terroriste islamiste, dont, de toute façon, on n’apprendra jamais rien des activités passées. En face de lui, aucun colonel hargneux qui fait de sa traque une affaire personnelle ; son seul ennemi : la Nature, la forêt primordiale, immuable, figée, semble-t-il, à l’ère arctique, comme si le temps n’avait jamais eu de prise sur elle.

Après avoir été capturé par l’armée américaine, et provisoirement emprisonné, il prend la fuite lors d’un transfert de détenus profitant d’un accident du fourgon qui le transporte. Il s’échappe en pleine toundra. Un plan majestueux, qui rappelle la fameuse ouverture de Shining – dont les rushes se sont tellement promenés qu’on pourrait presque croire les revoir ici – pose de façon effrayante l’environnement qui lui tiendra d’asile. La caméra survole des arbres, qui se suivent, stoïques, de collines en collines, panote parfois de bas en haut, laissant entr’apercevoir un horizon qui n’est fait que de pins. Aussi rassurant qu’un prisonnier sur un navire qui s’échapperait avec une bouée en plein Pacifique. Libre, oui, mais en territoire zéro, à des lieux de toute civilisation.

 

A partir de là, c’est le début d’une fuite – il court souvent – sans but, d’un homme seul, gelé, affamé, bientôt fou. Ni musique, ni dialogues, ni effets dramatiques quels qu’ils soient.

Les conditions de fuite et de survie de cet homme sont d’autant plus cruelles qu’il se refuse à solliciter l’assistance des très rares personnes qu’il croise, comme si elles étaient complices de ses ennemis ou susceptibles de le dénoncer. Il se condamne ainsi à mourir dans la forêt. C’est certainement le point le plus déroutant du film. Comment un homme qui en est réduit à manger des fourmis et du lichen peut se refuser à chercher le secours des gens qu’il rencontre, ou encore à suivre une route quand, enfin, il en trouve une ? Bien sûr, il y a le barrage de la langue, la déliquescence mentale, ou encore la peur de la geôle – pour peu qu’on ne l’aurait pas vu être soumis à l’infâme waterboarding ( qui a contribué à la sinistre réputation de Guantanamo ) en ouverture du film, qu’on lui enjoindrait presque de se rendre à ses ennemis – mais quand même. Ce parti pris a pour conséquence principale de ralentir la narration, sinon même de la figer carrément.

 

Quoiqu’il en soit, le plus gros pari de Jerzy Skolimowski est de tenir la durée sur un principe aussi radical : la survie d’un homme qui n’a aucune échappatoire. Cela suffira à rebuter ceux qui chercheront ici un film d’action ; quant à ceux qui voudront voir un survival qui cherche à transcrire au plus près les conditions dans lesquelles un homme presque ordinaire peut subsister, sans jamais tomber dans l’héroïsme ou « le spectacularisme », ils seront certainement surpris par ce film.

Titre : Essential Killing

Réalisation : Jerzy Skolimowski

Scénario : Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskowska

Interprétation : Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner

Musique : Pawel Mykietyn

Date de sortie : 6 avril 2011

Pays : Pologne / Norvège / Irlande / Hongrie

Durée : 83 minutes

Distribution : Surreal Distribution

Images : Surreal Distribution

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