Picture me, le journal vérité d’un top model.

Sara Ziff s’interroge avec pertinence sur le prix à payer pour être, et surtout, rester au top. Si elle n’apporte pas de nouvel éclairage aux dangers qui guettent les mannequins, elle retranscrit de manière très ludique la superficialité et, en même temps, tout le charme d’un milieu fantasmé et convoité par beaucoup. En quelques heures de maquillage, de très jeunes filles, arrachées de leurs campagnes boueuses de Biélorussie ou de l’Ohio, se convertissent en princesses. Les chèques de 89 000 dollars et les robes de plusieurs millions offertes par les créateurs ont de quoi faire tourner la tête. Le champagne coule à flot dans les suites des hôtels de luxe… Les stars se pressent aux défilés pour en être (on peut apercevoir Demi Moore et Maggie Gyllenhaal dans un plan). Et les jeunes femmes de rêver qu’elles sont uniques… L’intelligence de Sara Ziff est de ne s’être jamais laissée piégée par les affres de la célébrité. Son premier chèque, elle ne le dépense pas, elle l’encaisse. Très tôt, elle devient propriétaire de son appartement. Protégée par sa famille, très présente, chaperonnée par son petit-ami qui l’accompagne à travers le monde, elle nous présente l’image d’une jeune fille sage, la tête sur les épaules. Le rêve pour Sara, ce n’est pas d’être une vedette, mais de gagner le maximum d’argent, bien plus que son père universitaire de renom.

Si tel est bien le cas, alors pourquoi ce film? Si Sara a réussi à louvoyer entre les photographes lubriques et les rails de cocaïne, pourquoi ne pas partir avec l’argent et les honneurs à la fin de sa carrière? Parce que Sara a une conscience et une âme…Elle s’inquiète pour les filles qui prendront sa relève. Elle ne veut plus voir certaines injustices se reproduire. C’est tout au moins ce que le film, très inventif et naïf à la fois dans sa mise en scène, tente de nous faire croire.

Tout commença comme un jeu. Ole, petit ami admiratif et accessoirement étudiant en cinéma, se mit à filmer sa copine propulsée millionnaire à 18 ans. Puis, la caméra, ne cessant de s’inviter back stage, capte des moments de drames personnels, des mannequins prêtes à se confier pour évacuer une tension chaque jour plus pesante.

Tel un journal intime papier, le documentaire se décline en plusieurs chapitres: youth, appearance, zombie, next step…Les animations de The Boos ajoutent au charme innocent du documentaire. Malgré la complicité qui existe entre Sara et Ole, la jeune femme doute des intentions de son partenaire: quand on gagne des millions, comment savoir si seuls les sentiments nous unissent à l’autre?

Le journal intime façon documentaire n’est pas chose nouvelle au cinéma. On peut penser au dérangeant Tarnation de Jonathan Caouette qui décide de faire un film des videos familiales qu’il se met à à filmer dès l’âge de 11 ans. Mais, s’il faut un minimum de montage, d’enrobage et de mise en perspective, Picture Me est extrêmement bien construit, voire trop. Quand Sara pleure dans sa baignoire, exténuée d’être traitée comme un objet sexuel, la camera s’attarde sur ses seins, brouillés comme dans un film X. La caméra montre avec complaisance ce que le propos s’obstine à dénoncer. Le film se veut trop démonstratif mais reste toujours dans le politiquement-correct. Au final, rien de nouveau sous le soleil des projecteurs, pas de véritable bombe médiatique, pas de scandale éclaboussant les acteurs du système. Seules quelques infos sur le véritable salaire de certaines top-models débutantes, endettées auprès d’agences gourmandes en commissions et prélèvements pour frais comptables.

On pourra aussi s’agacer des accents pro-américains du film. Les habilleurs et maquilleurs français, très arrogants, font des réflexions désagréables sans imaginer que les tops modèles puissent les comprendre. Les italiens commentent avec mépris des fessiers trop rebondis. La faune modeuse américaine (agents, coiffeurs, photographes) est elle, adorable et très professionnelle.

Pas de grandes révélations donc mais des portraits à peine esquissés, très face-book, très acidulés de jeunes femmes très propres sur elles malgré les horreurs dénoncées. Le top-model Sena Cech endosse le rôle de la femme par qui le scandale éclate, en décrivant une séance de photos très particulière. Sara pleure devant la caméra en affirmant qu’elle a elle-même été confrontée à des situations compromettantes qu’elle souhaite aujourd’hui oublier…Un bon moyen d’assouvir le voyeurisme de certains tout en coupant court aux questions des journalistes. Ou comment dénoncer sans se compromettre aux yeux de l’industrie.

Deux séquences à retenir, peut-être la clef de ce film. Deux mannequins en provenance d’Europe de l’Est. L’une, à 16 ans, après deux années sur les podiums, est au faite de sa gloire. Le mannequinat est une excellente école. Elle refuse de parler de son passé, elle manque de verser une larme, pressée par Ole de décrire son enfance. L’autre, mère depuis l’âge de 17 ans, fauchée, a pour seules richesses des robes de créateur qu’elle n’ose plus mettre et de vieilles photos d’elle-même jaunies …Deux séquences qui introduisent la conclusion du film: la reconversion de Sara…étudiante et réalisatrice pleine de talent… Picture Me ou l’oeuvre d’un top-model vieillissant, en quête d’un nouveau coup de projecteur, après avoir été jetée des podiums? Ou comment après être sortie du système, exploiter la misère de filles moins chanceuses, la mettre en image, sans jamais s’identifier à elles?

Bien que Sara et Ole aient filmé des mannequins sans fard, au regard perdu, aux yeux cernés, Picture Me est l’aveu d’un profond cynisme envers le et les sujets traités. Une autobiographie qui se veut sincère mais constitue une mise en scène glamour de plus…mais diablement bien orchestrée!

Un film au goût de friandise agréable mais sans conséquence…à moins de vouloir aller au-delà du miroir des apparences.

Réalisé par Ole Schell, Sara Ziff
Avec Sara Ziff, Ole Schell, Missy Rayder, Lisa Cant, Tanya D, Caitriona Balfe, Sena Cech, Nicole Miller…
Distribué par Eurozoom.

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**