Benda Bilili

Sous la houlette du « grand-père » du groupe, le sage Ricky, le groupe se met bientôt en quête de nouveaux musiciens et tombe sur le jeune Roger au regard déterminé et mélancolique. A 13 ans, il a quitté son village après le divorce de ses parents. Comme bien d’autres enfants livrés à eux-mêmes, il arpente les rues en quête d’un peu d’argent. Son unique trésor: un satonge , une guitare à une corde fabriquée à partir d’un bidon de lait. Roger ne finira pas mendiant mais deviendra un grand instrumentiste. Sous les étoiles de Kinshasa, sur son lit de cartons posés à même le trottoir, Roger caresse avec espoir le rêve de rencontrer un musicien qui le fasse progresser. Ricky le prend sous son aile et bientôt les répétitions s’enchaînent au zoo de Kinshasa. Sous les cris des macaques et le regard des gardiens de zoo, Ricky, entouré de son armée de bras cassés et la marmaille des rues, dispense à tous conseils et admonestations.

Le staff Benda Bilili, c’est aussi l’histoire d’une immense famille. Même si Ricky ne sacrifierait pour rien au monde son amour de la musique et des jeunes femmes, il prend son rôle de patriarche des rues très à coeur. Ses chansons parlent de la polio, de la nécessité de se faire vacciner, du Sida, des gangs…Sans jamais verser dans le moralisme, Ricky mène ses fidèles d’une main de fer. Toujours lucide, il a conscience des limites du rêve européen. Le succès du staff est sa fierté, celle d’un homme qui bien que paralysé, demeure toujours debout.

Le film suit l’itinéraire du groupe en s’attachant particulièrement à deux figures emblématiques: Ricky, vieux routard de la musique et des rues, et Roger, l’enfant devenu adulte trop rapidement. En filmant leurs allées et venues, sur fauteuil, en train ou à pied, dans la jungle congolaise, les réalisateurs nous entraînent dans un voyage initiatique au coeur de l’Afrique. Pas celle des cartes postales, des safaris ou de la coupe du monde. Une Afrique où l’on se bat pour quelques dollars, où l’on prêche dans les trains, où l’on répète dans les zoos, faute de mieux.

Construit comme un roman à rebondissements, Benda Bilili , n’édulcore pas l’ascension -parfois poussive- du staff vers la gloire. « Très très fort » sera le titre de leur premier album. C’est aussi le cri de ralliement des mélomanes paraplégiques à chaque coup dur. Le centre d’hébergement qui les accueille brûle, il faut à nouveau dormir sur les « toncars » (cartons) à même le sol. L’alcool et l’herbe qui aident à tenir face à l’adversité ralentissent les répétitions….Cinq années s’écoulent avant les premiers concerts.

Malgré la violence des images, le spectateur se remet très vite du choc et finit par ne plus prêter attention aux corps mutilés du staff pour se concentrer exclusivement sur leur musique. Bien loin du documentaire voyeuriste ou démago-mièvre, Benda Bilili est un très bon exemple de « work-in-progress » ou comment un simple coup de coeur au détour d’une rue peut accoucher d’une formidable création musicale. Enfin, les séquences où les enfants des rues commentent le succès du staff, touchantes et pourtant lucides, servent, mieux que n’importe quel discours, à illustrer l’absurdité honteuse des inégalités nord-sud.

Réalisé par Renaud Barret, Florent de La Tullaye.
Avec Roger Landu, Coco Ngambali, Djunana Tanga-Suele…
Distribution: Sophie-Dulac Distribution.

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