Twelve

Joel Schumacher incruste sa caméra dans les soirées chics de petits jeunes riches à mourir qui n’ont jamais cherché à faire quelque chose dans la vie. Entre Chris (Rory Culkin) qu’on utilise à tort et à travers pour organiser des fêtes chez lui en lui faisant miroiter des amitiés bidons et des relations sexuelles qui s’avèrent fictives et Jessica (Emily Meade), la junkie qui s’ignore et qui n’hésite pourtant pas à offrir son corps pour se procurer de la twelve (dont elle est complètement accro) et la fade Sarah (Esti Ginzburg) au corps de mannequin et au machiavélisme surfait, il ne manquait plus qu’une star de la chanson reconvertie pour l’occasion en acteur médiocre et un jeune déséquilibré à la violence démente. Ni une ni deux, voilà que rappliquent aussi sec le rappeur 50 Cent qui a eu la délicatesse de nous offrir, à défaut d’une prestation valable, son véritable nom (Curtis Jackson) dans le rôle de Lionel, un dealer violent qui traite avec White Mike, et Billy Magnussen dans le rôle du vilain petit canard au bord de la rupture psychologique. À un cliché se superpose un autre cliché… Jusqu’à former une masse informe.

Le film s’essaie à la critique sociale, ruminant des idées surfaites sur de jeunes riches aux vies médiocres, sans chercher à en expliquer le fond. On ne sait pas trop où l’on va. Très vite, on ne cherche même plus à le savoir. D’autant que le film s’essaie continuellement à trouver le ton juste, sans jamais y parvenir. De plus, Twelve ne prend jamais parti, ce qui, en plus d’être agaçant, rend l’ensemble bancal et non-pertinent. On attend la fin qu’on devine désastreuse pour tous nos « héros » en herbe. D’ailleurs, ce final couru d’avance se présente comme une adaptation très mal maîtrisée d’ Elephant , le chef d’œuvre de Gus Van Sant.

De nombreux thèmes sont abordés : les difficultés rencontrées par le monde bourgeois et celui de la rue pour cohabiter, les excès de ces jeunes qui ont tout, en veulent toujours plus, et qui perdent pied peu à peu… Du racisme, de l’exclusion, menant tout droit à la folie meurtrière. Le film se focalise également sur le manque d’intérêt manifeste des parents pour leurs enfants, en essayant de nuancer distraitement ce thème par une déclaration d’amour d’un père à son fils, alors que celui-ci est accusé du meurtre de son ami. Le problème: ces thèmes ne sont abordés que très superficiellement. La scène où Jessica, défoncée à la twelve, entend ses ours en peluche lui parler est assez symptomatique du manque de recul du film. Au lieu d’expliquer pourquoi elle se met dans cet état là, une complaisance absolue braque la caméra sur cette jeune fille pathétique, l’exhibant comme une bête de foire, sous couvert d’un humour noir déconcertant. C’était pour faire rire ?

Et que dire de Molly la gentille fille, exacte antithèse de tous les autres personnages ? Elle est discrète, douce, attentionnée, folle amoureuse de son meilleur ami Mike le dealer… Un personnage humain certes, mais si abusivement différent du reste qu’il n’en tire aucune crédibilité. C’est l’exemple même du rôle massacré, censé être important mais qui se cantonne malgré lui à de la figuration, tant il est devenu caricatural. A l’image de la réalisation de Joel Schumacher: un film de figurants, sans intérêt, qui superpose les caricatures pour en faire un pamphlet creux. Figurants, rendez vous compte. Les temps sont durs pour la jeunesse dorée.

Twelve, un film de Joel Schumacher.
Avec: Chace Crawford, Curtis ’50 Cent’ Jackson, Rory Culkin…
Distribution: Gaumont.

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