Miel (Bale)

Yusuf (Bora Atlas), petit garçon de 6 ans, vit avec son père Yakup (Erdal Besikçioglu) et sa mère (Tülin Özen) dans un village isolé d’Anatolie (Turquie). Son père, apiculteur local, passe la plus grande partie de son temps dans les arbres à s’occuper de ses ruches.
S’inspirant de sa propre enfance, Semih Kaplanoglu évoque la jeunesse de Yusuf et ses difficultés à appréhender le monde. Yusuf est un jeune garçon introverti, qui éprouve les plus grandes difficultés à lire en présence de ses camarades de classe, qui ne communique presque pas avec sa mère et ne parvient à se confier qu’à son père. Ce garçon réservé préfère passer ses récréations à regarder jouer ses camarades depuis la salle de classe.
Yusuf est comme étranger à son propre univers : toujours seul, il ne semble avoir besoin d’entretenir un contact qu’avec son père. Le métier dangereux de ce dernier ne fragilise pas le lien tacite qui existe entre eux mais lorsque le père, parti plus loin dans les terres pour trouver de nouvelles ruches, tarde à revenir, Yusuf est perturbé. Il dort mal, se fait de fausses joies à chaque bruit qu’il entend dehors. Un mal être et une souffrance qui iront croissants jusqu’à ce qu’il prenne brutalement conscience que son père ne reviendra pas.

Dès le début du film, on assiste à l’accident du père. Une branche craque et précipite Yakup dans une chute qu’on devine meurtrière. Tout au long du film, on est conscient de cette terrible fatalité qui va frapper. Pourtant, la tendresse et la tranquillité qui émanent des paysages occultent presque la tragédie à venir. La famille se regroupe autour de cette figure mystérieuse du père, admiré de son fils et de sa femme pour son travail éreintant et périlleux mais aussi pour cette force tranquille qui émane de lui et qui le fait apprécier de tous. D’ailleurs, inquiète de son absence prolongée, la mère n’hésitera pas à se mettre à sa recherche avec l’aide de son jeune fils.

Parfois, Yakup emmène son fils travailler avec lui dans la forêt. Ces moments de complicité silencieuse entre un père et son fils sont le cœur de leur relation. La forêt apparaît comme un lieu enchanteur, seul témoin de ces instants privilégiés. D’ailleurs, à la mort de son père, c’est là que Yusuf viendra se réfugier. Le film fait le choix de n’incorporer aucune musique, mettant en avant le silence majestueux de certains lieux ou l’ambiance apaisante d’un repas de famille. Les scènes se succèdent avec douceur sans se désavouer les unes les autres. Chacune prend le temps d’exister et de transcrire une part de cette nostalgie qui émane du film. Ici, l’enfance apparaît comme une saveur, éphémère mais délicieuse au goût suave qu’elle laisse.

Bale ( Miel en français) est un bel hymne au père, une sorte d’hommage du réalisateur à la fragilité de l’enfance. Et à l’enfant qu’il était.

 » Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.  »

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

Titre original : Bal Réalisation Semih Kaplanoglu Scénario : Semih Kaplanoglu et Orcun Koksa Photographie : Baris Ozbicer
Interprétation : Bora Altas, Erdal Besikçioglu, Tülin Özen
Date de sortie cinéma : 22 septembre 2010 Pays : Turquie Genre : Drame
Durée : 01h43min Année de production : 2010 Distribution Bodega Films

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