Le Bruit des glaçons

Charles ( Jean Dujardin ) est ce qu’on peut appeler communément un raté : sa femme l’a quitté, emportant avec elle son unique fils qu’il ne voit jamais, il n’a absolument plus aucune inspiration pour écrire tant il se saoule à longueur de temps. Une bouteille d’alcool par jour c’est déjà énorme, cinq ou six en solitaire ça tient du péplum de la gorgée.
Or voici qu’un beau jour sonne à sa porte, un homme affable en costume ( Albert Dupontel ), avec une affreuse tête de faux jeton, qui se présente comme son cancer.
Sans mauvais jeu de mot, ce cancer là n’a rien d’une sinécure. Il est même immonde. Ce petit homme est très antipathique et ne s’en cache pas. Il se complaît dans l’insoutenable, dans le déprimant, dans les histoires sordides et son cynisme en devient presque de la cruauté.

Ici pas de place à la grandeur d’âme. Blier filme les minables, les vrais. Ceux à qui rien ne réussit. La bonne, Louisa ( Anne Alvaro ), amoureuse en secret de son épave de maître, souffre en secret d’un cancer du sein. La jeune russe, Evguenia ( Christa Theret ), dont la beauté n’a d’égale que sa soumission envers un amant blasé et indifférent, ancien Goncourt qui ne vit désormais que pour son vin blanc et son sceau à glace. Le fils qui a grandit sans père et dont la mère brisée par la rupture n’a pas réussi à refaire sa vie. Le médecin de campagne amorphe, jamais inquiet, toujours trop vague. Ce sont des Misérables modernes, ceux qui tentent peu de choses et n’en réussissent aucunes. Ceux qui font toujours les mauvais choix et qui n’arrivent jamais à renverser le cours de choses.

L’humour noir fait rage dans la maison luxueuse qui prend parfois des allures sinistres de maison fantôme. Une sorte de huis clos se met en place, un jeu de mort entre le malade désabusé mais décidé à ne pas se laisser faire et son cancer toujours plus virulent, bien décidé à emporter sa victime, quitte pour cela à « balancer les métastases ». Pourtant le doute subsiste, et celui qui semble tirer les ficelles dans le jeu n’est finalement pas forcément celui qu’on croit. Pensez encore au chef d’œuvre d’Hugo, pensez à Enjolras qui, laissant ses compagnons de barricade fuir, retient désespérément les soldats avant d’être emporté par la mitraille ; Charles se montre tenace et cherche à combattre cette fatalité, sans parvenir à se défaire de sa frayeur face à sa lente agonie.

La discrète Louisa, femme à tout faire, a quant à elle la silhouette d’une femme marquée par des années de servitude docile. Elle trouve dans le désespoir une histoire d’amour atypique, comme une sorte de trompe-la-mort. Charles lui y trouve une raison de vivre, alors qu’il en avait perdu l’envie. Ce désespoir qui lie les malheureux leur offre la tendresse, qui fait irruption dans la vie de l’un et de l’autre, comme la fragile Cosette fit irruption dans la vie de Valjean, un soir d’hiver.

Réalisation et scénario : Bertrand Blier Photographie : François Catonné Interprétation : Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro Date de sortie cinéma : 25 août 2010 Pays : France Genre : Comédie dramatique Durée : 01h27min Année de production : 2009 Distributeur : Wild Bunch Distribution

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