Inception

Inception , derrière un habillage commercial attirant, brille en effet davantage par son envie de grandeur visuelle voire sa prétention cinématographique que par la pertinence de son propos. Le film ne manque pourtant pas de moyens : une pléiade d’acteurs impressionnante – Di Caprio confirme une fois encore son talent, entouré de nombreux seconds rôles auxquels le scénario a fait la part belle – Hans Zimmer pour la musique, une belle photographie et des procédés de tournage à la pointe de la technologie – Inception sort en IMAX dans certaines salles, un procédé de projection de plus en plus répandu qui vaut le détour – ainsi que des effets spéciaux exceptionnels. L’image, sophistiquée et travaillée, évoque un monde désespéré et désenchanté, tel qu’il existait déjà dans The Dark Knight, le chevalier noir , précédente réalisation de Nolan .

L’intérêt principal du film reste essentiellement visuel, présentant de beaux passages où le cinéaste crée des univers surréalistes et oniriques dans lesquels on retrouve parfois l’esprit du « film noir ». Ralentis séduisants et ostentatoires, gros plans accrocheurs, le metteur en scène filme dans l’excès, à la recherche de l’intensité et de la démesure. On aime parfois. En revanche, il est difficile de suivre les scènes d’action filmées caméra à l’épaule. Difficile également de s’intéresser au scénario de Nolan d’une complexité incroyable qui demanderait quatre visionnages avant d’en comprendre le sens. Difficile enfin de ne pas s’exaspérer de la musique d’Hans Zimmer omniprésente, tapageuse et assourdissante qui finit par passablement irriter le spectateur.

Cette sorte de grand opéra surnaturel et outrancier, ne permet jamais aux spectateurs de se poser la question essentielle : la différenciation entre le monde de l’illusion, des rêves et celui de la réalité. Celle de Descartes, (« quand je suis éveillé qu’est-ce qui me prouve que je ne suis pas entrain de rêver ? »), est tout juste effleurée par un film préoccupé par sa richesse formelle et son soucis d’en mettre plein la vue. Le cogito de Descartes est ici largement minoré au profit d’un monde d’impression et d’émotions.

Dans Solaris , Tarkoski puis Soderbergh, se demandaient comment les souvenirs et les rêves pouvaient être un chemin d’immortalité et de renaissance. Ces grands films abordaient la question de la mémoire de l’autre et de sa vie au-delà de sa mort. Dans Inception , les voyages dans les rêves et le subconscient, servent un scénario axé principalement sur des enjeux économiques et financiers, à l’exception de la relation entre Cobb et Mall, sa femme décédée. Le film parvient très difficilement à prendre un peu de profondeur et d’épaisseur spirituelle. L’univers onirique devient prétexte pour laisser place à un déchaînement d’hyper violence qui, face au puritanisme américain et aux codes de censure, trouve dans le contexte des rêves sa justification. Inception , malgré son aspect formel séduisant, ne peut donc pas dissimuler longtemps sa fascination aliénante pour les grands thèmes du cinéma américain : le pouvoir, la violence et la puissance économique.

Scénario et réalisation Christopher Nolan Photographie : Hans Bjerno Musique : Sam Page, Hans Zimmer Interprétation : Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page Date de sortie cinéma : 21 juillet 2010 Pays : Etats-Unis et Royaume Uni. Genre : Science fiction , Thriller Durée : 02h28min Année de production : 2010 Distributeur : Warner Bros. France Photographies © : Warner Bros

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One Response to "Inception"

  1. Novaz says:

    C’est quand même dommage de ne pas apprécier un film fantastique simplement parce qu’on a une dent contre le cinéma à grand budget. Bah oui, quand on titre American Dreams, c’est déjà révélateur d’un état d’esprit un brin anti-hollywoodien.

    Pourtant, quand un scénario est aussi complexe que celui qu’a pondu Nolan, il faut avoir les moyens de ses ambitions. Alors oui, il y a des effets visuels, mais non c’est loin d’être l’attrait principal du film. Ce qui importe aux yeux des vrais cinéphiles, c’est ce scénario bien plus impressionnant que Paris qui se plie en deux.

    Cordialement

    Répondre

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