The Good Heart

The Good Heart est prétexte à la mise en scène d’une belle rencontre qui se produit dans une chambre d’hôpital mais éclot dans un lieu tout aussi confiné où se retrouvent d’autres éclopés et accidentés de la vie : un petit bar d’une rue sans éclat de New York. Le propriétaire de ce lieu de détente et de conversations à bâtons rompus est Jacques (Brian Cox), un vieil homme acariâtre, grincheux et faux méchant au grand cœur. Accro à la nicotine, l’alcool et la bonne bouffe, il atterrit (pour la cinquième fois consécutive) aux urgences où il est accueilli avec froideur et sarcasmes par des employés las de ses explosions verbales hostiles. Son voisin de chambre est un jeune SDF avec pour seul compagnon un chaton qu’il caresse tel un ours en peluche avant de s’endormir dans les rues froides de la ville.

Lucas (Paul Dano) est un doux rêveur, plein d’amour pour le genre humain. Mais, comme il l’affirme au psychiatre qui compare la vie à une noix de coco –dure à l’extérieure mais voluptueuse sous l’écorce-, la compassion pour autrui n’est pas darwinienne et se révèle dangereuse en milieu hostile. Le suicide apparaît alors comme la solution la plus intelligente. Affublé d’un compagnon de chambrée qui est son opposé en tout, Lucas ne peut que se soumettre aux ordres du vieillard lui intimant de couper les fils du détecteur anti-fumée. Mais, au contact de ce jeune homme poète, un plan pour conserver le seul amour de sa vie –son bar- va germer dans la tête de Jacques.

The Good Heart narre cette improbable prise en main psychologique d’un jeune paumé par un vieillard égocentrique paranoïaque, amer et sans illusions. Tel un enfant trop heureux de l’attention qui lui est prodiguée pour la première fois, Lucas va se laisser façonner par Jacques. Les contingences matérielles –si elles semblent évidentes- importent finalement peu. Certes, Lucas, sans ressources, trouve un toit et des repas chauds en étant accueilli dans le bar qui sert également de maison au vieux patron. Mais, il ne perd pas ses vieilles habitudes pour autant et continue à dormir à même le sol sous le lit qui lui a été offert. Et, malgré le dégoût manifesté par son découvreur envers les « déchets humains » de la société, il paie la tournée à ses compagnons d’infortune, des clochards qui ont pourtant réussi à lui soutirer l’argent que des employés d’hôpitaux, charmés par sa candeur, lui avaient donné…

C’est le contraste entre les deux caractères des protagonistes principaux –des personnalités qui semblent incapables d’évoluer- qui fait le sel du film. Pourtant, malgré la gentillesse de Lucas –une faiblesse dans le métier de barman et ailleurs- Jacques va s’évertuer à instruire ce jeune homme à l’avenir incertain. Il ne pourra pas lui apprendre la grossièreté nécessaire pour se débarrasser de promoteurs mielleux et sans âme. Mais, il n’aura de cesse de lui débiter à mots couverts, à l’autre bout du zinc, sous l’œil goguenard ou étonné des habitués, les ficelles permettant de faire tourner le bar qu’il souhaite laisser en héritage à ses seuls amis : son fournisseur de café Enrique, la mère de celui-ci et la petite fille, tous trois martiniquais.

Ficelle numéro 1 : être familier avec les clients mais jamais amical car la trahison sera alors proche.
Ficelle numéro 2: ne jamais retirer le verre d’un client avant que celui-ci ne quitte le bar. C’est sa carte d’identité, son historique et il y tient plus que tout même s’il n’exige pas de boire à nouveau.
Ficelle numéro 3 : ne jamais accueillir et servir les « walk-ins », autrement dit, les clients occasionnels. Règle qui ne doit jamais être transgressée même si elle semble en contradiction avec les intérêts pécuniaires de Jacques. Car son bar est avant tout un sanctuaire : les hommes, libérés de toute présence féminine, peuvent s’exprimer à leurs aises. C’est aussi un refuge pour une brochette de personnages hauts en couleur : du fleuriste plus que trentenaire habitant encore chez sa mère possessive au « stimulateur », un moustachu libidineux –réplique de Groucho Marx- prenant un malin plaisir à provoquer verbalement le technicien de surface qui rêve d’être le premier homme à nettoyer l’espace de ses déchets inter-galactiques et refuse d’être appelé éboueur.

The Good Heart n’est donc pas l’histoire d’une métamorphose. Certes, Lucas accepte de changer d’allure. Il arborait des cheveux filoches avant son passage chez le vieux papy-coiffeur homosexuel harcelé par Jacques. Il endosse même la tenue que son patron protecteur lui a dégotée chez Dimitri, tailleur nain qui manque de bondir sur Jacques quand celui-ci se met à embrasser sa très belle et très grande femme de manière plus qu’amicale. Mais, Lucas reste le même, une bonne pâte, qui accepte de se marier quelques jours après sa rencontre avec une hôtesse de l’air au chômage à cause de sa peur de voler. (Isild Le Besco)

The Good Heart est un merveilleux film sur un apprivoisement mutuel. Le premier film américain de l’islandais Dagur Kari , notamment réalisateur de Noi Albinoi , rappelle par moment le cinéma d’ Aki Kaurismaki pour sa galerie de bras cassés loufoques. Il n’en demeure pas moins un manifeste célébrant l’amour filial et le désir de dire tout haut -comme le fait Jacques- la petite phrase qui fait mal parce qu’elle recèle une part de vérité.

Scénario et réalisation : Dagur Kari
Musique : Orri Jonssonet Dagur Kari
Photographie : Rasmus Videbaek
Interprétation : Paul Dano, Brian Cox, Isild Le Besco Pays Islande, Etats-Unis Genre : Drame
Durée : 01h35min Date de sortie cinéma : 17 mars 2010 Année de production : 2008 Images © Le Pacte
Distributeur : Le Pacte

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