Mikey & Nicky

Mais rapidement les deux hommes vont se révéler sous un jour différent, troubles, soupçons et ambiguïtés prendre le pas. Paranoïaque, Nick ? Non, un tueur est effectivement à ses trousses. Ami dévoué, Mikey ? Non, c’est lui-même qui tente de guider celui-ci jusqu’à sa proie insaisissable et imprévisible. Sur ses gardes, Nicky entraîne en effet Mikey de lieu en lieu, toute la nuit durant au gré de ses fantaisies et humeurs, donnant le tempo à un film enfiévré, sans pauses, où répliques et événements se succèdent à un rythme effréné. Complicité, trahisons, mais pas exclusivement du fait de Mikey, Nicky prouvant son aptitude à l’ignominie au cours de la nuit.

Insolent, provocateur, il se complaît en effet, dès la tétanie initiale passée, à humilier leurs diverses rencontres nocturnes, qui sont autant de détresses humaines au sein de cette société américaine des années 70, sans épargner Mikey qui, capable de violence pour sauver son pote, se mue en un homme beaucoup moins solide psychologiquement qu’il n’y paraît tout d’abord. Personnages en déshérence, interrogations sur le sens de l’amitié, la vie, sont au cœur de ce film noir mené avec brio et dynamisme, à la fois serré, précis et dense, ménageant brillamment le suspense et magnifiquement interprété par John Cassavetes en fuyard hagard puis azimuté, et Peter Falk en soutien fiable puis plus fragile (tous deux sont d’ailleurs, avec la réalisatrice, à l’origine du scénario), tandis que la nuit s’écoule et que le tueur en chasse continue de sillonner au volant de sa voiture les rues obscures.

Le tournage de Mikey & Nicky dans les rues de Philadelphie, sous la direction de Elaine May, adepte des improvisations et célèbre pour ses audaces, fut d’ailleurs interminable et épique jusqu’au bout : une première version imposée par les studios Paramount sortit en France en 1976, suivie 10 ans plus tard de celle approuvée par la réalisatrice qui, avec P. Falk, s’empara des rushs pour contrer les studios. Un film au final tout en mouvement et vie, intense, des thèmes et victimes de l’Amérique des années 70 que l’on retrouve dans ces Taxi Driver , Raging Bull ou autre, fouillant l’âme humaine et mettant à jour la violence dans les rapports aux autres, l’aliénation, la solitude, la déchéance…

Réalisation : Elaine May
Scénario : Elaine May, Peter Falk et John Cassavetes
Interprétation : John Cassavetes, Peter Falk, Ned Beatty, William Hickey
Musique : John Strauss et Bernie Abramson
Photographie : Lucien Ballard et Victor J. Kemper
Pays : Etats Unis
Genre : drame
Durée : 1h 59min
Année de production : 1976
Date de reprise en France : 4 juillet 2007
Distribution : Carlotta Films
Images © Carlotta Films

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