Exilé

Autant [ The Mission ->287] dégageait une atmosphère froide, tout en tons bleutés, très hongkongais, avec des personnages charismatiques et impassibles à l’élégance inoxydable, autant Exilé joue sur des ambiances à la Sergio Leone – hommage d’ailleurs réussi – dans des tons pastel sable auxquels se prête à la perfection Macau cette fois, avec des face-à-face filmés tout en longueur dans des redingotes battant les flans où se dissimulent les colts, assortis d’une musique plus adéquate, s’écartant des quelques notes basiques égrenées tout au long de la Mission. Roy et Curtis y ont chacun gagné une coupe plus « in » qui leur sied plutôt bien, tandis que James, devenu « le Gros », a troqué ses chères cahuètes contre un chewing-gum. Mike, le « Chat », lui, reste un fidèle admirateur de tireur hors pair, fût-il dans le camp adverse, mais nous y reviendrons…

On se rappellera qu’à la fin de leur Mission, notre groupe d’hommes du corps s’étaient scindés, Curtis et James aux ordres du nouveau chef de gang, Frank Fay – toujours pas soigné de sa petite touche de folie, au contraire –, Roy et Mike voguant pour leur propre compte ailleurs. Mais voilà, Curtis hérite d’un contrat délicat, faire disparaître un de leurs amis communs de longue date ayant trahi le clan. On se doute que Roy ne va pas laisser faire sans y mettre son grain de sel. Ce pourquoi l’on retrouve les quatre hommes en train d’attendre Wo en bas de chez lui, épiés par la femme de celui-ci prenant soin de son bébé. Et l’on retrouve surtout nos quatre compères dans la même situation où on les avait laissés, [ The Mission ->287] s’achevant quasi sur cette scène incroyable de tension où Curtis essaie de mener à bien un autre contrat déplaisant tandis que Roy, arme au poing, veille. Les réunions autour d’un repas semblent bien être un motif de prédilection de notre Johnnie To, autour de laquelle les choses se dénouent – ou pas…

Ici, les caractères bien trempés de chacun – qui constituaient, avec le respect du code d’honneur, un des ressorts dramatiques forts du premier opus – perdent en intensité en cèdant la place à un esprit de groupe, pas toujours en totale harmonie certes, mais prêt à suivre à l’unisson la petite pièce jouée à pile ou face quand le besoin s’en fait sentir. Là où [ The Mission ->287] jouait à fond la carte de la sobriété et du minimalisme, Exilé prend un tour plus fiévreux. Les scènes de fusillades dont regorgent les deux films, si elles jouent toujours un tempo basé sur la lenteur/accélération, diffèrent un peu dans leur traitement. Les chorégraphies sidérantes extrêmement précises et synchronisées du premier, très peu sanglantes bien que non exemptes de morts, d’une netteté exemplaire, deviennent ici des affrontements sanguinolents et effrénés (on peine parfois à bien distinguer l’action), bien qu’également très travaillés : jeux de porte s’envolant en tournoyant entre les deux adversaires sous leurs coups de feu conjugués, effets de draperie ou de rideaux servant à se dissimuler, un peu à l’instar des piliers de l’inoubliable scène du centre commercial, une des plus mémorables de [ The Mission ->287]… Les fusillades continuent donc de bénéficier d’un soin particulier et restent spectaculaires, l’effet fût-il très différent, pour finir dans une apothéose rouge sang à la John Woo.

Car à la suite de règlements de comptes et de nouvelles alliances à la tête du clan mafieux, Curtis a fini par prendre la tangente pour se retrouver peu ou prou aux côtés de Roy, chacun suivi par son fidèle lieutenant. Exilé, placé dès le début sous le signe du western, continue dans la lignée avec la traversée d’un canyon, mais en voiture, pas à cheval, avant de tomber sur la traditionnelle attaque du fourgon à côté de laquelle il est difficile de passer son chemin en poor lonesome cowboy , s’il y a de l’or en jeu… Le ton est vivace, avec toujours quelques scènes de chahut sur le mode potache insufflant une atmosphère plus légère, mais sans doute aussi plus fines dans [ The Mission ->287], à l’image de cette scène-écho d’hommage appuyé du même Mike pour l’adresse et la dextérité du tireur. Les personnages perdent ainsi de leur imperturbabilité pour gagner en humanité peut-être, mais au détriment de ce qui faisait leur force et élégance – c’est le cas notamment de James très bouffon par endroits.

Un film néanmoins intéressant à plusieurs égards, donc, avec de vrais partis pris de mise en scène et des références ou clins d’œil divers, une photographie toujours admirable et un sens du rythme étonnant, sans parvenir au niveau d’excellence de son prédécesseur certes, mais en réussissant à faire autre chose : on rendra grâce à son réalisateur de ne pas avoir cherché à appliquer les mêmes recettes à l’identique pour nous offrir une resucée, mais d’avoir exploré une approche radicalement différente, et finalement c’est très bien comme ça…

Titre original : Fangzhu
Réalisation : Johnnie To
Scénario : Kam-Yuen Szeto, Tin-Shing Yip
Musique : Guy Zerafa
Photographie : Siu-keung Cheng
Interprétation : Anthony Wong Chau-Sang, Francis Ng Chun-Yu, Nick Cheung …
Pays : Hong Kong
Genre : Thriller, Policier
Durée : 1h 40min
Année de production : 2006
Sortie en France : 11 juillet 2007
Distribution : ARP Sélection
Images © photo Tang Chak Shun / Milky Way Image Co. Ltd / A.R.P. SELECTION

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