Raisons d’Etat

« Treize ans après Il était une fois le Bronx , Robert De Niro s’attelle à la réalisation de son deuxième long métrage. » Dés les premiers tours de manivelle, la nouvelle avait eu son petit effet. Jusqu’alors De Niro s’était fait assez discret, enchaînant des « petits » rôles dans des « petits » films plus ou moins heureux. Non pas que le mythe s’effritait, loin de là ! Taxi Driver demeurera toujours Taxi Driver, de même que Le Parrain , Heat ou Raging Bull . Mais disons plutôt qu’il patientait, attendant sagement une nouvelle occasion de marquer durablement le Septième Art. Raisons d’Etat est cette occasion et, disons-le d’emblée, le film est une réussite.

D’une rare densité, Raisons d’Etat est une œuvre-fleuve retraçant à travers le portrait d’Edward Wilson (Matt Damon), agent de la CIA spécialiste du contre-espionnage, l’histoire récente de l’Amérique (de la fin du deuxième conflit mondial jusqu’à la fin de la guerre froide). L’intrigue s’intéresse donc au destin tortueux de Wilson au sein de l’agence de renseignements américaine. Elle nous raconte l’histoire d’un homme ordinaire pris dans l’engrenage d’enjeux hors du commun. De Niro filme ses choix, ses doutes, ses échecs et ses succès sur fond de complot, de paranoïa et de schizophrénie, renouant avec le cinéma américain de la fin des sixties et des seventies. La réalisation, modèle de simplicité, évite tout sensationnalisme et démontre qu’Eastwood n’est pas le dernier réalisateur classique à Hollywood. Le scénario d’Eric Roth, à qui l’on doit également ceux de Révélations (Michael Mann, 1999), Ali (Michael Mann, 2001) ou Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), ne s’arrête pas à son concept de départ. En racontant la vie de Wilson, le script interroge l’Amérique et dresse un portrait de ses obsessions. Le mythe de la frontière (initialement la conquête de l’Ouest) qui se répète et duquel découle l’obsession du territoire (« Nous avons les Etats-Unis d’Amérique », réplique Wilson à son homologue russe). L’obsession de l’adversaire ensuite, ici le communisme, qui de tout temps a légitimé et continue de légitimer la politique nord-américaine. Et enfin l’obsession de la quête du bonheur (inscrite dans la Constitution), toujours palpable mais vaine, ici (pour preuve, la famille Wilson réunie autour d’une table trinquant au bonheur du fiston). Un bonheur qui ne cesse de se dérober.

En cela Raisons d’Etat s’inscrit parfaitement dans la carrière de son réalisateur. Une grande partie de l’œuvre de Robert De Niro scrute l’Amérique, ses plus grands films ne cessent de la questionner, de la mettre face à elle-même : Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino, 1978), Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984)…Tous ces films sont animés par la volonté de donner à voir le vrai visage de l’Amérique en suivant le cheminement de ceux qui subissent ou ont subi son ambition. Raisons d’Etat suit ce schéma en n’étant pas une simple biopic ; il est aussi (surtout ?) un film sur la nation américaine. Si le western montrait la naissance d’une nation, De Niro filme ici la naissance d’une puissance : la première puissance mondiale, les Etats-Unis d’Amérique. Et ce faisant, il localise le début d’une époque, la nôtre.

Titre original : The Good Shepherd
Réalisation : Robert De Niro
Scénario : Eric Roth
Musique : Bruce Fowler Jr, Marcelo Zarvos
Interprétation : Matt Damon, Angelina Jolie, Robert De Niro …
Pays : Etats Unis
Genre : Espionnage, Historique
Durée : 2h 47min
Année de production : 2006
Date de sortie en France : 04 Juillet 2007
Distribution : Studio Canal
Images © Studio Canal

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