Armin

En effet, même si Armin est basé sur une trame classique – Ibro le père et son fils Armin quittent leur village pour la capitale, Zagreb, afin qu’Armin puisse se présenter au casting d’un film de production allemande –, les situations absurdes qui en découlent en disent aussi long sur l’amour du père pour son jeune fils que sur les difficultés de sortir du marasme causé par la guerre.

On comprend vite que la réussite du concours d’Armin n’est pas l’enjeu majeur du film tant ils semblent tous les deux décalés et pas vraiment préparés à affronter l’univers de la course à la médiatisation. Dans ce contexte, la saveur des situations vient du renversement des rôles, l’adulte étant de loin le plus enthousiaste pour ce casting qu’il considère comme une chance inespérée pour son fils. Il développe ainsi une énergie frénétique, s’employant maladroitement à convaincre les producteurs qu’il harcèle en leur offrant un verre dès qu’il les croise ou en partant dans de longs monologues que ses interlocuteurs allemands ne comprennent pas. Face au mutisme de ses interlocuteurs et à la consternation de son fils, la part de projection du père se révèle de façon extrêmement criante.

Le jeune Armin, en retrait et silencieux, est porteur quant à lui d’une histoire plus complexe, le film dévoile en creux l’angoisse maladive du jeune fils qui doit faire à un monde d’adultes brutal et à un père trop pressant. Cadré serré et jouant sur les oppositions de caractères, c’est en saisissant ses personnages sans détour, en les caricaturant même, que le réalisateur insuffle une grande part d’humanité et d’émotion à laquelle les interprétations d’Armin et d’Irbro par deux acteurs non professionnels apportent en outre une part de « vérité ». Le rôle donné à l’équipe de production allemande offre également une part d’incongruité dans un contexte à la réalité si prenante. Dans cette situation ubuesque dominée par les tensions internes d’Armin et d’Ibro, la mémoire de la guerre de Bosnie s’insinue de façon très pudique, montrant que malgré tous les efforts pour s’en sortir, la mémoire et la souffrance restent vivaces, et révèle par là même le caractère trivial et dramatique du destin d’Armin et d’Ibro.
Par son histoire intimiste et émouvante, le film touche au-delà de son sujet et apporte un certain réconfort dans la valeur des rapports humains.

Réalisation et scénario : Ognjen Svilieiae
Musique : Michael Bauer
Interprétation : Emir Hadzihafisbegovic, Armin Omerovic, Jens Münchow
Pays : Croatie
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h22
Date de sortie en France : 15 août 2007
Année de production : 2006
Distribution : Asc distribution
Images © Asc distribution

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