Faisons le point sur le cinéma hongkongais

Durant la décennie qui a suivi le retour de Hong Kong à la Chine en 1997, les cinéastes hongkongais ont dû faire face à de nouveaux défis dans l’industrie. La baisse du nombre de films produits chaque année à Hong Kong s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui.

Les intimes de l’industrie cinématographique à Hong Kong pointent plusieurs raisons à l’origine de ce déclin : le manque d’opportunités pour les jeunes talents, la formation insuffisante des producteurs, réalisateurs et techniciens, l’évolution des habitudes et des goûts des spectateurs hongkongais.

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En même temps, les cinéastes hongkongais ont eu affaire à un nouveau public, à savoir celui de la Chine continentale.

« A la fin des années 90, l’industrie du cinéma hongkongais s’est brusquement rendu compte que le monde était en train d’évoluer plus vite qu’elle, » dit Bede Cheng, archiviste et programmateur hongkongais.

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« Elle s’est retrouvée tout d’un coup dans une époque d’Internet et de nouveaux systèmes de loisir. Malheureusement, elle semblait aveuglée par ‘l’âge d’or’ des années 80, où n’importe quel film rapportait facilement au moins HK$10 millions (640,000 euros). »

Les chiffres sont révélateurs. Au début des années 90, Hong Kong sortait environ 200 longs métrages hongkongais par an. En 1997, le nombre de sorties locales n’était plus que 85, pour un revenu total de HK$ 541 millions (50,8 millions d’euros), selon le Hong Kong, Kowloon and New Territories Motion Picture Industry Association (MPIA).

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En 2006, ces chiffres tombèrent à 51 films pour un total de HK$ 291 millions (27,3 millions d’euros). Il y a dix ans, le top 10 des films hongkongais rapportaient 46 % du revenu total du box-office sur une année ; l’année dernière, la proportion était de 58 %.

« 1997, malheureusement, coïncida avec le début de l’effondrement de l’industrie du cinéma hongkongais – c’est un fait bien avéré, » dit le scénariste Jimmy Ngai. « D’un autre côté, il marqua l’ouverture du marché du mainland. »

« Il en résulte que l’industrie a pris de plus en plus l’habitude de regarder vers le Nord à la fois en termes d’investissement et de résultats au box-office. Cela n’a rien de politique, c’est plutôt un instinct de survie. Evidemment, quand on joue avec la Chine, on suit les règles chinoises. »

Infernal Affairs
Le nouveau marché chinois a vu une production hongkongaise plus contrastée, observe l’archiviste Cheng.

« Aujourd’hui la production est en baisse, avec le recul de plusieurs grands studios tels que Chinastar et Golden Harvest, dit il. La plupart sont des films commerciaux avec vedettes à l’affiche, ou bien des films modestes à petit budget, afin d’assurer une rentabilité financière.

« Le nombre d’écrans a diminué, avec la consolidation de multiplexes dont les distributeurs sont souvent les propriétaires et qui ont déjà une provision de films étrangers pour remplir les salles. Quelques anciens distributeurs vidéo comme Mei Ah et Universe se sont tournés vers la production pour pouvoir assurer leurs arrières. »

Mc Dull
En 2006, Hong Kong ferma cinq petits cinémas et ouvrit un multiplex. Gary Mak, directeur de la Broadway Cinematheque – le dernier cinéma de Hong Kong à projeter des films alternatifs – demeure optimiste quant à une programmation et une distribution plus aventureuses. Cependant, il reconnaît la pénurie de talents dans l’industrie.

« Pas de talents, pas de formation sérieuse, et ce dans la plupart des domaines, y compris dans l’écriture de scénario, la réalisation, l’interprétation, etc., dit-il. Même la scène indépendante a besoin de vrais talents, ou du moins de vrais producteurs qui puissent monter un véritable projet. »

Ming Ming
Tim Youngs, consultant du programme hongkongais pour le Far East Film Festival de Udine en Italie, constate que l’industrie a également souffert des préférences volages du public.

« Les spectateurs sont devenus de plus en plus indifférents aux films hongkongais, les considérant comme de mauvaise qualité, et il y a beaucoup moins de spectateurs ces temps-ci.

« Le public hongkongais manifeste donc de moins en moins de soutien aux films locaux, soit en n’allant pas au cinéma, soit en empruntant la voie du piratage DVD. Or la baisse de films signifie moins d’opportunités pour les réalisateurs, moins de chances pour expérimenter de nouvelles idées, et moins de confiance en la création. »

In The Mood for Love
Elizabeth Kerr, critique et programmatrice qui travaillait à Séoul avant de s’installer à Hong Kong, est d’accord.

« Alors que Hong Kong regorge d’hommes d’affaires beaux parleurs soi-disant audacieux, il n’y a toujours personne pour tenir ses promesses et investir dans l’industrie du cinéma.

« L’industrie souffre pour la plupart de cette abîme entre les films à pop-corn – qui rapportent le fric – et le cinéma plus adulte (c’est-à-dire mûr et intelligent) des plus petits studios, distributeurs et indépendants. »

En quoi l’industrie du cinéma sud-coréen se distingue-t-elle de l’industrie hongkongaise ? « Elle a la prétention de gagner l’adoration du monde, répond-elle. Les Coréens croient vraiment qu’ils sont en train de faire du grand art, à tout moment. La Corée du Sud a lancé une campagne active à tous les niveaux – entreprises, gouvernement, éducation – pour former et cultiver une industrie du cinéma moderne. »

Lai see
Enfin, même l’identité chinoise pose un défi à l’industrie cinématographique hongkongaise.

« En 1997, comme beaucoup de gens à Hong Kong, je me suis un peu perdu, dit le cinéaste indépendant Chan Wing-chiu. D’abord, le cinéma hongkongais était déjà presque mort. Pourquoi travailler dans une industrie à son crépuscule? »

Le premier long métrage de Chan en 2005, A Side, B Side, Sea Side , comporte une scène avec une bande d’adolescentes dans l’île hongkongaise de Cheung Chau qui sont incapables de communiquer avec un touriste australien parlant couramment le mandarin. Ils finissent par discuter en anglais.

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« C’est moi, avoue Chan en faisant référence aux filles. Je parle très mal le mandarin ; par contre je me débrouille en anglais. C’est normal pour les gens de ma génération qui ont grandi à Hong Kong. Il y en a qui disent que, comme Hong Kong fait maintenant partie de la Chine, les Hongkongais devraient apprendre à parler le mandarin. Je ne suis pas d’accord. Les Hongkongais ont la réputation de parler très mal le mandarin, mais personnellement je n’ai pas honte. Je suis plutôt fier d’avoir aussi bien connu la période coloniale d’avant 1997 que la période RAS d’après.

« Pourquoi avons-nous tant de problèmes avec la Chine ? Parce que notre culture, nos valeurs, notre manière de penser sont différentes. Même au cinéma, nous regardons des films occidentaux, japonais, coréens… mais très peu de films chinois. »

Whispers
La réalisatrice indépendante Yan-yan Mak ajoute : « Nous sommes des monstres. La Chine dit : ‘Vous n’êtes pas chinois.’ Les Gweilos [Blancs] disent : ‘Vous êtes chinois.’ Après 1997, nous avons perdu l’assurance d’être des Hongkongais. »

Le top 10 des films hongkongais (revenu du box office en $HK)

en 2006

Fearless (30,281,600)

Rob-B-Hood (23,447,278)

Confession of Pain (20,062,814)

Curse of the Golden Flower (19,913,259)

Battle of Wits (15,597,900)

Re-cycle (14,188,772)

Election 2 (13,577,947)

Dragon Tiger Gate (12,108,975)

McDull, The Alumni (10,653,570)

2 Become 1 (10,236,683)

Dumplings
en 1997

Nice Guy (45,420,457)

All’s Well Ends Well ’97 (40,435,675)

Once Upon a Time in China and America ( 30,268,415)

Lawyer Lawyer (27,163,795)

Armageddon (23,733,200)
Lifeline (20,757,187)

Island of Greed (18,273,895)

Killing Me Tenderly (15,881,265)

Young and Dangerous IV (15,797,825)

Full Alert (14,691,880)

Heavenly Kings
Source: Hong Kong, Kowloon & New Territories Motion Picture Industry Association (MPIA)

Photographie Hong Kong © Baptiste Lusson (2005)

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