Sa Majesté des Mouches

Livrés à eux-mêmes, les enfants ne manquent cependant ni de ressources ni d’initiatives ; la question de leur éventuelle difficulté à subsister en territoire zéro ne se pose jamais vraiment. Rapidement, ils constituent une société, microcosme qui hésite entre démocratie et monarchie, parodie un peu grotesque du monde adulte et tentative d’en singer l’organisation. Un système de castes se forme donc, où 3 catégories fort significatives se distinguent : les chasseurs, les protecteurs du feu, les faibles. Ni les premiers n’auront du mal à trouver pitance, ni les seconds ne se montreront incapables à assurer leur rôle. L’enjeu n’est pas là.

La façon dont cette société enfantine, contrainte à se suffire à elle-même, va se mettre en place puis se gérer constitue le véritable objet dramatique du métrage. Si son aspiration démocratique prête parfois à sourire, on pensera à l’emploi qui est fait d’une conque spéciale, géante, à laquelle respect est dû, le plus souvent c’est une puérilité méchante, hilare et moqueuse qui s’exprime. Finalement, et inéluctablement semble nous dire l’auteur, l’apparat de civilisation s’effondre et laisse la place à une tyrannie, authentique, dont les gestes ne tiennent aucunement de l’enfantillage.

Derrière cette idée de William Golding se cache sans doute le désir de transposer la violence de la cour de récréation, seul vrai territoire des enfants, dans un contexte qui exclurait toute présence adulte, c’est-à-dire qui laisserait s’exprimer sans frein la tyrannie puérile.
Les allusions au passé des enfants, leur condition sociale, leur ancien milieu scolaire, sont d’ailleurs nombreuses – les chasseurs, par une amère ironie, sont ainsi antérieurement des enfants de chœur.

Vision douloureuse de l’enfance mais qui ne se complait pas pour autant dans une détestation de cette période, et qui, si elle témoigne d’une souffrance vécue, sait aussi préserver le positif, et notamment les liens d’amitié.

Titre : Lord of the Flies
Réalisation : Peter Brook
Scénario : Peter Brook d’après le roman de William Golding
Musique : Raymond Leppard
Interprétation : James Aubrey, Tom Chapin, Hugh Edwards
Pays : Grande Bretagne
Genre : drame
Durée : 1h31
Année de production : 1963
Date de sortie : 10 octobre 2007
Distribution : Carlotta Films
Images © Carlotta Films

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