7h58, ce matin-là

Andy et Hank sont frères. Andy (Philip Seymour Hoffman), l’aîné, s’enferme dans une vie faussement confortable : un boulot pas vraiment épanouissant et une vie conjugale boiteuse. Hank (Ethan Hawke), le cadet, lui, est un looser patenté qui a du mal à trouver grâce aux yeux de sa fille, et encore moins à ceux de son ex-femme. Il ne bénéficie des faveurs que d’une seule femme, celle de son frère.

On touche ici la raison d’être de 7h58, ce matin-là : explorer l’homme dans ses comportements les plus vils. Mais S. Lumet ne se contente pas d’effleurer le problème, il y rentre dedans corps et âme, et nous avec. Le point d’orgue de ces petites attitudes est la décision des deux frangins de braquer la bijouterie familiale. Une idée dégueulasse orchestrée par Andy qui va rapidement virer au drame en causant la mort de la mère. Dés lors, on naviguera dans les eaux troubles de la culpabilité, du mensonge, de la traîtrise…Une traversée éprouvante qui finira par nous entraîner par le fond.

7h58, ce matin-là , le titre français du film ( Before the devil kows you’re dead , en VO), indique un commencement, un début. 7h58, ce matin-là ou le déclenchement d’une descente aux enfers où tous nos repères se brouillent et finissent par ne plus exister. La famille, le couple, la fratrie, Sidney Lumet s’applique à les briser pour redéfinir un nouveau système de valeurs fondé sur la cupidité , l’égoïsme, la peur et la violence.

La brisure, Lumet l’applique aussi à sa mise en scène, refusant une structure linéaire et alternant les points de vue à grand renfort de flash-back. Un parti pris de mise en scène qui peut dérouter mais qui démontre une logique et une cohérence dans le développement d’une histoire basée sur la déstructuration, que ce soit celle de la psychologie des personnages ou du récit lui-même.

Avec 7h58, ce matin-là , Sidney Lumet prouve (si besoin est) qu’il reste l’un des cinéastes américains les plus importants et des plus enragés. Un cinéaste qui continue d’être toujours bien entouré. La force du propos doit beaucoup à des acteurs inspirés et surtout bien dirigés. Philip Seymour Hoffman continue d’impressionner dans un rôle borderline, Albert Finney, vu récemment dans La Vengeance dans la peau , n’est pas en reste, pas moins que Marisa Tomei (trop rare) ainsi que Ethan Hawke qui campe impeccablement l’égarement et la fragilité.

7h58, ce matin-là est sans doute le film le plus pessimiste, le plus noir, qu’on ait vu depuis le Black Book de Verhoeven. On en ressort déboussolé, avec l’impression d’avoir vécu un moment aussi éprouvant que rare au cinéma. Respect, M. Lumet.

Titre original : Before the Devil Knows You’re Dead
Réalisation : Sidney Lumet
Scénario : Kelly Masterson
Musique : Carter Burwell
Photographie : Ron Fortunato
Interprétation : Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Marisa Tomei
Pays : Etats Unis
Genre : Thriller
Durée : 1h 56min
Année de production : 2007
Date de sortie en France : 26 Septembre 2007
Distribution : UGC Ph
Images © UGC Ph

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