Zoom sur Cinespaña 2007

« Il y a entre Toulouse et l’Espagne une grande histoire d’amour. Toulouse est sans doute la ville la plus espagnole de France. On y entend parler espagnol dans ses rues, dans ses cafés. Depuis l’épisode du pastel (commerce du pastel au XVe siècle, Ndlr), en passant par les nombreux échanges commerciaux, jusqu’à l’exil massif des républicains sous Franco, Toulouse a toujours entretenu un lien très fort avec l’Espagne. » C’est avec ses mots que Vida Zabraniecki, présidente du festival, nous raconte Toulouse et l’Espagne.

Elias Querejeta à l’honneur durant cette 12ème édition de Cinespaña
En effet, l’Espagne est inscrite dans l’histoire et la culture toulousaine. Pas seulement du fait de la proximité géographique mais aussi par une proximité de cœur et d’esprit.
Cette proximité a trouvé en Cinespaña une bien belle manière de se manifester. Festival à taille humaine, convivial et festif, il n’en reste pas moins un véritable festival de cinéma : riche, varié et passionné…
« Il y a quelque chose de spécial dans le cinéma espagnol, continue Vida, il est le reflet d’une société plurielle. Sa richesse est celle de l’Espagne. Chaque région autonome a son cinéma propre et la production couvre un si large éventail qu’un film basque sera très différent d’un film andalou. C’est cette richesse que nous voulons dévoiler avec Cinespaña. »

9 longs métrages en compétition pour la Violette d’or, LE prix du festival. 11 courts métrages en lice pour le prix du meilleur court, et un large panorama regroupant fictions, documentaires, films expérimentaux. Disons-le tout net, le programme est varié. On pourra tout aussi bien voir un film historique en costume avec Los Bario , un drame social sur l’adolescence avec Fuerte apache ou un court métrage d’animation avec Perpetum mobile ; ou découvrir les premiers longs métrages de jeunes réalisateurs prometteurs ainsi que les premiers travaux de cinéastes confirmés comme Carlos Saura.

« Nous sommes très attentifs aux premiers longs métrages. C’est une façon de promouvoir les jeunes talents. En 2006, la Violette d’or a été attribuée à Daniel Sanchez-Arévalo pour son premier long, Azuloscurocasinegro . Cela fait partie de notre rôle promotionnel. » Une façon de faire en sorte que cinéma espagnol ne rime plus seulement avec Pedro Almodovar. D’ailleurs, question grandes figures du cinéma espagnol, Cinespaña version 2007 rendra un hommage au producteur Elías Querejeta. « Il fait partie des grands patrons du cinéma espagnol, sans doute le plus grand producteur espagnol, explique Vida. Habile, il a su déjouer la censure et dénicher de grands talents, c’est à lui que l’on doit les premiers films de Carlos Saura, Fernando Léon de Aranoa, Manuel Gutiérrez et de nombreux autres réalisateurs. » Cinespaña consacrera alors une large rétrospective sur le travail du producteur basque. On pourra y voir notamment La caza (1966), premier long métrage de Saura et première collaboration entre le cinéaste et le producteur, El espíritu de la colmena (1973) de Victor Erice, monument du cinéma espagnol, ou Barrio de Fernando Léon de Aranoa., entre autres…

Une programmation riche, on l’a dit. Pourtant, pas de noms tels que Jaume Balagueró, Paco Plaza, Nacho Cerda, des réalisateurs qui œuvrent dans le cinéma de genre (très en forme de l’autre côté des Pyrénées). Serait-ce à croire que ce type de production n’a pas sa place à Cinespaña ? Vida Zabraniecki s’en défend : « Alex de la Iglesia était là en 2006. Nous ne sommes pas hermétique au genre, au contraire. La compétition pour la Violette d’or abrite un film d’époque, Los Borgia, je vous invite à voir la comédie de Ines Paris, Miguel et William , et à découvrir la section Voies off : une sélection de films courts ou longs, qui constitue un cinéma alternatif. » Une section alléchante, avec pas mal de curiosités filmiques. On y croisera Los restos del naufragio (1978) de Ricardo Franco, une histoire d’amitié entre un jeune jardinier et le pensionnaire allumé d’une maison de retraite, ou Avant pétalos grillados (2007), d’un certain Velasco Broca, court métrage barré qui promet, ainsi que d’autre projets atypiques.

El espíritu de la colmena , un des sommets du festival.
Pour un retour à la réalité, il faudra s’attarder sur le segment documentaire avec neuf films présentés. Des thématiques assez variées donnent le ton de cette section ; la santé intéressera deux réalisateurs : Ione Hernández présentera 1% esquizofrenia qui, comme son nom l’indique, nous parle de schizophrénie et Antoni P. Canet questionne le rapport à la mort qu’entretiennent les patients atteints de maladies graves (« Et si possible avec le sourire », nous précise le synopsis) avec Las alas de la vida . L’Histoire est au menu avec Los perdedores , version espagnole et documentaire de notre Indigène national, qui revient sur le rôle des soldats marocains durant la guerre civile. Le cinéma sera lui aussi présent avec El productor , documentaire sur Elías Querejetas. Deux jeunes cinéastes présenteront leurs premiers longs métrages, tous deux basés sur des questions de société : Resistencia de Lucinda Torre s’intéresse au destin de 232 salariés d’une usine de métallurgie menacés par le chômage en 1993 et Tira y afloja de Pau Fenollosa Alcaina traite de la question de l’éducation à l’âge difficile de l’adolescence.

Au final, c’est presque 100 films de tous horizons qui se partageront les toiles de la ville rose avec pour mots d’ordre variété et surprise. Pour l’épilogue, rendez-vous la semaine prochaine avec le palmarès du jury présidé cette année par Jean Becker.

Interview réalisée par Damien Moreno à Toulouse le 28 septembre 2007

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**