Rivière noire

Proche des Bas fonds d’Akira Kurosawa quant à la description du dénuement et de la détresse sociale, Rivière noire incarne la volonté de certains cinéastes de montrer les réalités de la société japonaise. Une maison en ruine et insalubre abrite une population variée de couples improbables, de voyous et de communistes, microcosme de la société japonaise de l’après-guerre où chacun veut s’en sortir mais où l’individualisme (déjà !), l’égoïsme et la peur rendent impossible les luttes communes.

Jo est un chef de bande, profitant de la proximité d’une base militaire américaine pour développer un réseau de prostitution, de drogue et autres trafics. Mais, comme tout homme, Jo tombe amoureux, de la seule femme, Shizuko, qu’il ne peut avoir. Alors qu’elle est proche d’un jeune étudiant, Nishida, qui vient de s’installer dans le quartier.

Le décor sentimental est posé. Deux hommes, une femme. Un bon, un mauvais. Ce n’est pas sans rappeler Bad Guy de Kim Ki-duk où un voyou organise la descente aux enfers (viols, prostitution) d’une étudiante qui a refusé ses avances. Il en fera son esclave sexuelle. Shizuko deviendra également l’esclave d’un homme, Jo, lui proposant notamment de danser nue pour lui et ses amis le soir de son anniversaire. On retrouve également cette description du sort réservé aux femmes dans le Japon de l’après-guerre, dans le très beau film de Kenji Mizoguchi, Les Femmes de la nuit (1948).

Une des forces de ce film tient dans la justesse du scénario, alliant dureté (conditions de vie des personnages, violences verbales et physiques) et burlesque, lié à l’absurdité de certaines situations (les beuveries des voyous, l’attitude des habitants de la maison lors de circonstances inattendues). Une autre force tient dans le jeu admirable des acteurs, et notamment de Seiji Miyaguchi (qui joue le rôle du samouraï Kyuzo dans Les Sept Samouraïs ) en communiste, Tatsuya Nakadai que l’on retrouvera dans Harakiri , interprétant ici un yakuza froid et impitoyable, rôle qu’il reprendra à de nombreuses reprises.

Masaki Kobayashi, comparativement à la plupart des cinéastes de sa génération, a très peu tourné : 22 films en tout. Les maisons de production craignaient les réalisateurs engagés tels que lui, qui dénonçaient le système (dont elles faisaient partie intégrante). Il signa également le très beau Harakiri ( Seppuku , 1962), primé à Cannes, où un homme veut comprendre pourquoi son fils s’est ouvert le ventre avec un sabre en bois. Il en conclura que le seul responsable est le système qui gouverne toute société, c’est pourquoi Masaki Kobayashi le dénonce dans la plupart de ses films : Rébellions ( Joi-uch i, 1967), La Condition de l’homme ( Ningen no joken , 1958-1961).

Titre original : Kuroi Kawa
Réalisation : Masaki Kobayashi
Scénario : Zenzo Matsuyama, Takeo Tomishima
Musique : Chuji Kinoshita
Photographie : Yuuharu Atsuta
Interprétation : Fumio Watanabe, Ineko Arima, Tatsuya Nakadai, Asao Sano, Seiji Miyaguchi
Genre : Film noir
Pays : Japon
Année de production : 1957
Sortie du DVD en Franc e : 26 septembre 2007
Production DVD : Wild Side Video
Images © Wild Side Video

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