Caramel

C’est par ce judas honteux que l’on espionne quelques jours de la vie de Layale, Nisrine, Rima, Jamale et Rose. L’une cherche l’amour, l’autre sa dignité, l’autre encore un compromis acceptable entre les deux. Toutes cherchent un moment de répit loin des pressions sociales et religieuses du pays.

Des tranches de vie mitonnées par Nadine Labaki qui nous sert ici son premier long métrage, Caramel .
Caramel pour le rite de la pâte épilatoire, respecté tel un héritage précieux par ces Orientales de la nouvelle génération.
Caramel pour le mélange réussi entre gourmandise, coquetterie et langues bien pendues – soit le répondant féminin aux vices virils retrouvés au fond d’un verre, sifflé accoudé au fond d’un bar. Quel meilleur endroit qu’un salon de beauté pour se laisser aller aux confidences intimes ?

Moins cynique que son oncle français Venus beauté (de Tonie Marshall, avec Nathalie Baye, Audrey Tautou, Mathilde Seigner), Caramel n’en est pas pour autant plus superficiel. Après une première couche drôle et sucrée, milles autres feuilles plus amères abordent les douloureux thèmes de l’adultère, la vieillesse, la misère, la perte de liberté, le racisme.

Abordent, seulement, car l’intrigue tient sur une nappe en papier. Qu’importe. Qui a dit que la recette du succès tenait au seul suspense haletant du scénario ? Sûrement pas Pedro Almodovar, maître ès portraits de femmes, dont la dernière pellicule pourrait être une jumelle ibérique de Caramel . De Volver , la Libanaise a emprunté l’image léchée, les couleurs criardes (du rouge, du rose, du vert) et les actrices (amatrices) appétissantes. Mention spéciale à Nadine Labaki (réalisatrice et interprète du rôle principal, Layale), clone épicé oriental de Pénélope Cruz. De Volver enfin, la metteuse en scène a gardé l’esprit féministe. La présence masculine y est (trop) rare, quelque peu clichée, grassement moquée.

On goûte, touche du doigt ces secrets de femmes enfouis derrière un filet de bigoudis rose bonbon. À peine nos lèvres parfumées de cette pâte encore fumante, la porte du salon se referme. On oublie trop vite que personne, finalement, ne nous a invités à nous asseoir.
Un premier long-métrage pudique et poétique, pause bien méritée dans un monde qui cavale.

Réalisation : Nadine Labaki
Scenario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Rodney Al Haddad
Musique : Khaled Mouzanar
Interprétation : Nadine Labaki, Yasmine Elmasri, Sihame Haddad, Joanna Mkarzel, Aziza Semaan, Gisèle Aouad
Pays : Liban
Genre : comédie dramatique
Durée : 1h35
Année de production : 2006
Date de sortie en France : 15 août 2007
Distribution : Bac Films
Images © Bac Films

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