Avant que j’oublie

Au départ, c’est un point noir sur une feuille blanche qui enfle jusqu’à envahir tout l’écran. Un détail ausculté à la loupe ? L’angoisse de la page blanche ? Le trou de la serrure ? Chacun donnera sa propre interprétation à l’ouverture du film qui débute par une conversation entre deux hommes devant une tombe du cimetière de Montmartre. Pierre, l’un de ces deux hommes, nous invite ensuite à l’accompagner dans ses errances entre sa cuisine et sa table d’écrivain. Ce personnage créé et interprété par Jacques Nolot nous entraîne, dans une posture de témoin bien plus que de voyeur, à voir ce qui se dissimule dans l’intimité de son appartement.

Face à son corps usé, face à sa libido décharnée, face aux angoisses de l’écrivain, que le monde de Pierre nous soit ou non étranger, nous devons tendre le regard vers un ailleurs qu’on voit rarement au cinéma. À travers des dialogues ternes avec des amis de passage (Marc Rioufol est superbe en roi de la magouille et gigolo au grand cœur), des rencontres sans érotisme avec de jeunes prostitués, des séances où le psychanalyste conseille à Pierre de se trouver « un petit jeune », se dresse le portrait d’une vie. Autobiographique ou non, c’est au fond sans importance. Parce que Avant que j’oublie est, au-delà d’une photographie de l’univers d’un ancien tapin, un récit sur la vieillesse et la solitude. La mort qui plane comme une « épée de Damoclès » à travers 24 années de séropositivité, le désarroi de n’être plus ce séduisant jeune homme, lui-même gigolo, redécouvert en photo dans l’appartement du micheton décédé, et les défaillances du corps utilisées avec humour pour éviter la police et les huissiers ne sont pas seulement des anecdotes rassemblées par Nolot pour l’écriture du scénario.

Sous son œil de cinéaste, chacun de ces moments devient un don, un partage, une invitation bien plus universelle à se regarder avec lucidité et sans complaisance. À la manière peut-être dont Catherine Deneuve découvrait son reflet dans Les Temps qui changent d’André Téchiné (2004). C’est à cette disposition d’esprit qu’on nous convie dans une scène finale, sublime au sens propre du terme, pour soutenir les yeux grands ouverts le regard fixe de Pierre, travesti par son amant. Vous ? Moi ? Lui ? Qui se cache vraiment sous cette perruque et cette robe de dentelle ? Une beauté déchue ? Un homme à la recherche d’un autre lui-même comme d’un passé qui ne reviendra pas ? Un être humain, tout simplement, dans toute sa splendeur.

Réalisation : Jacques Nolot
Scénario : Jacques Nolot
Photographie : Josée Deshaies
Interprétation : Jacques Nolot, Jean-Paul Dubois, Marc Rioufol
Pays : France
Genre : Drame
Durée : 1h 48min
Date de sortie : 17 Octobre 2007
Année de production : 2007
Interdit aux moins de 12 ans
Distribution : ID Distribution
Images © ID Distribution

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