La Forêt de Mogari

Shigeki est l’un des pensionnaires d’une maison de retraite perdue au milieu de la nature. Un personnage lunaire, presque absent. Machiko est une jeune infirmière, bienveillante et fragile. Tous les deux partagent la douleur secrète de la perte d’un être cher. Suite à un incident de voiture, ils se retrouvent immobilisés à proximité d’une forêt où Shigeki ne tardera pas à s’évader, entraînant avec lui Machiko.

La Forêt de Mogari déroule une intrigue simple mais s’intéresse à des thèmes complexes : le rapport à nos aînés, le difficile travail du deuil et le réapprentissage du désir. Des questions humaines que le film n’a de cesse de mettre en liaison avec la relation à la nature. Une nature omniprésente et magnifiée à travers des plans d’une rare beauté. Un peu à la manière d’un Terrence Malik, Naomi Kawase semble vouloir nous rappeler (si besoin est) à quel point il s’agit de notre véritable environnement, notre milieu originel, loin du décor artificiel de nos villes. Sauf que chez l’Américain l’esthétisme est davantage romancé que chez la Japonaise qui adopte un ton plus naturaliste (des images brutes, pas ou peu de musique…).

La première partie du film, dans la maison de retraite (en milieu artificiel), est l’occasion pour Kawase de filmer le mal de vivre. Elle montre le trauma de ses personnages (la question de la sensation de vivre). Shigeki comme Machiko partagent un mal-être, une douleur qui va peu à peu les rapprocher et qui finira par les isoler de tout le reste pour les conduire dans la forêt. Un lieu libérateur où ils feront le chemin, parfois douloureux (la scène près du torrent où Machiko craque révèle plus en profondeur la raison de sa blessure), vers leur libération (la fin du deuil). Une libération conditionnée par un retour à l’essentiel, un contact direct à la nature, à la terre. Une libération qui passe aussi par le réapprentissage du désir. A deux reprises Kawase, installe, tout en pudeur, une sorte de tension sexuelle entre les deux personnages. La première, esquissée lors de la scène avec la pastèque. La proximité des corps, des visages en sueur, haletants, des gestes intimes… La seconde dans la forêt, de nuit, où les corps nus s’étreignent pour faire face au froid.

Peu bavard, le film envisage le travail du deuil comme quelque chose d’introspectif, de très intime, sans exclure la nécessité d’être accompagné. Très juste dans son propos, Kawase refuse de tomber dans la sensiblerie. Elle filme le cheminement de Shigeki et Machiko sans emphase, avec parfois humour et distance. Un cinéma humain et animiste comme sait l’être tout un pan de la production asiatique ( Sous la pluie , L’Odeur de la papaye verte …) et qui prouve que c’est dans les régions du monde où la nature sait être la plus hostile que l’on sait le mieux la respecter.

*Note : Le film nous indique que “Mogari??? désigne la période consacrée au deuil ou le lieu du deuil. Son étymologie vient de Mo Agari qui signifie la fin du deuil.

Titre original : Mogari no Mori
Réalisation : Naomi Kawase
Scénario : Naomi Kawase
Musique : Masamichi Shigeno
Photographie : Hideyo Nakano
Interprétation : Shigeki Uda, Machiko Ono, Makiko Watanabe
Pays : Japon
Genre : Drame
Date de sortie en France : 31 Octobre 2007
Durée : 1h 37min
Année de production : 2007
Distribution : Haut et Court
Images © Haut et Court

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