Invasion

En pleine ère maccarthyste, le film est une dénonciation en règle du communiste : discipliné à l’extrême, privé de libre arbitre, l’homme communiste incarne alors le cauchemar de tout Américain. Car, à partir d’un principe simple – un parasite extraterrestre s’empare des humains pendant leur sommeil et les transforme en zombie –, l’intrigue de ces « profanateurs de sépultures » donne vie à toutes nos angoisses sociales. Par exemple, en 1979, dans le remake de Philip Kaufman, c’est la déshumanisation des modes de vie urbains qui est pointée du doigt. En 1994, c’est le fameux complot militaro-scientifique qui est l’objet de la terreur d’Abel Ferrara : dans son Body Snatchers, l’invasion est tenue secrète par la Grande Muette, complice des extraterrestres.

En 2007, les souches virales inondant les artères de Nicole Kidman nous renseignent d’emblée sur ce qu’il faut craindre. Les spores extraterrestres ont pris la forme d’un virus qui ne vient ni d’oiseaux grippés ni de bovins aliénés, mais d’un espace devenu bien inhospitalier. Les espoirs de la conquête spatiale sont loin derrière nous. L’ère des pandémies a commencé. Mais à mi-chemin entre science-fiction et film catastrophe, Invasion, peut-être en référence au cultissime Bad Taste, choisit des voies peu recommandables. Pour faire céder les derniers résistants, les contaminés ne reculent devant aucun abandon du bon goût : dans un éternuement jamais vu au cinéma (nulle part en vérité), les « possédés » répandent une morve peu appétissante dans les aliments ou, pire, sur le visage de leurs victimes.

Nerveux à l’extrême, le film est haletant au sens propre du terme. Et si les trouvailles de mise en scène et les lumières crues des néons redonnent une nouvelle modernité à cette vieille intrigue, on a souvent l’impression de passer à côté du film dans cette course en avant sans étapes. Faute de respiration dans l’action, il faut bien avouer que jamais Daniel Craig n’aura été aussi transparent à l’écran. Seule Nicole Kidman, protégeant son fils des griffes des envahisseurs et par là même l’humanité entière (immunisé contre le virus, son fils permettra aux scientifiques de découvrir le vaccin antidote), aurait pu sauver le film. Dans une pharmacie assiégée, elle devient une superbe mère louve prête à tous les sacrifices. On retrouve enfin ce petit plus qui n’appartient qu’à elle. C’était sans compter la piqûre d’adrénaline en plein cœur que l’enfant administre à sa mère sans hésitation, mais aussi sans vraisemblance, détournant une nouvelle fois le film de ses moments de bravoure.

Titre original : The Invasion
Remake de L’Invasion des profanateurs de sepultures
Réalisation : Oliver Hirschbiegel
Scénario : David Kajganich d’après l’oeuvre de Jack Finney
Photographie : Rainer Klausmann
Musique : John Ottman
Interprétation : Nicole Kidman, Daniel Craig, Jeremy Northam
Pays : Etats-Unis
Genre : Epouvante-horreur
Durée : 1h 38min
Date de sortie : 17 Octobre 2007
Année de production : 2006
Distribution : Warner Bros. France
Images © Warner Bros. France

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