Inglorious Basterds

Tarantino en ressuscitant le cinéma bis ne rappelle pas seulement la mémoire d’un cinéma injustement oublié ou trop vite dénigré, un cinéma dont les affiches racoleuses et les titres outranciers ont détourné le chemin de trop d’honnêtes spectateurs d’un certain nombre de films, qui avaient, en dépit des apparences, d’authentiques qualités artistiques ; démarche qu’on prêterait plus volontiers à un Tim Burton ; non, ce à quoi Tarantino rend hommage, c’est justement le mercantilisme putassier du cinéma d’exploitation.

La violence chez un auteur est un choix artistique, dans le cinéma bis, pure complaisance ; contextualisée, mise au service d’une finalité, d’un propos, elle perd de sa saveur, de sa texture, pour tout dire même, de sa souillure ; on l’aura compris Tarantino ne la veut pas diluée dans la légitimité dramatique mais telle quelle, bien cuivrée.
Parce que la violence brute ne s’apprécie jamais aussi bien qu’accompagnée d’une bonne dose de mauvais goût, il franchit un nouveau pas dans sa carrière avec ce film, délaissant momentanément l’innocence des gangsters et des maîtres de kung fu, pour faire un film de guerre. C’est que le genre est sérieux. C’est le bis qui s’invite dans la cour des grands. Non pas que la chose soit inédite, bien au contraire, mais le contraste est d’autant frappant. De la même façon qu’un nanar est proportionnellement médiocre à ce qu’il n’évolue pas dans ses propres sphères mais qu’il reproduit au rabais un film de série A, un film d’exploitation étale son manque d’ambition artistique en donnant dans un cinéma qui a précisément su en faire preuve. Comme ça, on ne s’y trompe pas. Réalité historique bafouée, invraisemblances en veux-tu en voilà, fantasmes complets, rien ne manque.

Toute la particularité de Tarantino et, quelque part, tout son paradoxe est d’être un auteur. Sans considérer que ce seul fait suffise à en faire le mérite – on finit d’ailleurs parfois par ne plus savoir si « auteur » est un nom ou un qualificatif – son idéal, celui de faire revivre le cinéma bis, s’y bute. Parce que la vulgarité du cinéma d’exploitation doit principalement à son mariage avec les stratagèmes marketings, ou même parce qu’elle en est l’engeance, il lui est absolument nécessaire pour qu’elle s’affirme dans sa laideur que ne se ressente pas la marque d’une quelconque individualité. Faire du mauvais goût, c’est politique, en être c’est tout autre chose. Entendu que ce seul nom/qualificatif d’auteur engendre une distance avec son sujet, regard d’un homme sur un genre et non manifestation primaire dudit, la question est donc de savoir quel type de plaisir on éprouve à cette mise en scène de mise en scène bis ? Quoiqu’il en soit c’est le secret de la tambouille tarantinienne et ça lui réussit plutôt bien, même si cet Inglorious Basterds souffre de quelques longueurs et d’un peu trop de complaisance dans les citations cinéphiliques.

Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Photographie : Bob Richardson
Musique : Ennio Morricone
Interprétation : Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz
Pays : Etats Unis
Genre : Guerre
Durée : 2h33
Année de production : 2008
Date de sortie : 19 août 2009
Distribution : Universal Pictures International France
Images © Universal Pictures International France

written by

The author didn‘t add any Information to his profile yet.

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

/**