Thomas Hicks à la Galerie la B.A.N.K.

En ce moment, à La B.A.N.K, on peut voir le solo show d’un tout jeune artiste (25 ans) au travail protéiforme (film d’animation, dessin et peinture) et à l’univers pour le moins sombre, intimiste, voire étrangement romantique, à défaut d’être totalement inédit sur la scène de l’art contemporain.

Le travail de Thomas Hicks (graphiste de formation) se définit par un style, une esthétique et une certaine cohérence dans son propos plastique (vidéos, dessins, peintures font partie d’une même démarche artistique). Ses œuvres, aux formes récurrentes, dégagent une certaine force, un climat inquiétant, presque anxiogène. On en retient cette humeur noire et caverneuse et un attrait évident de l’artiste pour les nébulosités de l’âme humaine qui font (presque) trop facilement écho à nos propres hantises.

Les dessins, délibérément enfantins, parcourus par un trait libre et simple, dédouanés de toute notion de perfection et d’espace, et les peintures aux couleurs sombres et aux personnages évanescents servent de prélude au film d’animation Neurotik ; un condensé de la psyché de l’artiste. Passons donc rapidement sur les dessins et les peintures qui méritent cependant un coup d’œil attentif et scrutateur (l’intérêt semblant surtout se trouver ici dans une contemplation minutieuse des détails) et attachons-nous à la vidéo.

Une seule ici. Au premier étage, sur un écran de télévision, le dessin animé Neurotik. Puis, au sous-sol, la même vidéo, projetée sur un grand mur ; assis on en a, dans le noir, une autre perception.
Des images, brouillées par le mouvement saccadé des dessins ou par une pluie qui ne cesse de tomber, se succèdent à un rythme effréné sans qu’aucune structure linéaire ne puisse servir de repère. Le trait, noir et tortueux, prend de l’épaisseur, les silhouettes trouvent leur souffle et les mécaniques flirtent avec le biologique alors même que les dessins en noir et blanc s’animent sous nos yeux. Perdus et immergés dans l’univers de l’artiste, nous voyageons avec lui.

Thomas Hicks créé une expérience optique et sonore (la musique qui accompagne la vidéo fait partie de la démarche de l’artiste) où les images, devenues autonomes puisque rattachées à leur propre temporalité, renvoient non pas à un récit linéaire (pas de scénario ni de script) mais à une histoire fantasmée (la nôtre, celle de l’artiste). Un court instant de contemplation qui laisse une place à la naissance de l’émotion.
Dans la salle noire en bas, on se souvient soudainement des Pink Floyd, de leurs clips, de leur film The Wall . La référence est facile. L’artiste est britannique et il accompagne ses films d’animation par un son rock anglais aux accents aussi dépressifs que ses images. Mais l’évidence de la référence ne s’arrête pas là. Bien plus que la forme ( Neurotik est visuellement assez différent de The Wall ), c’est surtout le même esprit que l’on retrouve chez Thomas Hicks. Un univers onirique et cauchemardesque où l’agressif côtoie le fragile, où les figures humaines dépersonnalisées se débattent dans une atmosphère lunaire de solitude.

Dans cette zone intermédiaire entre le dessin et le film, l’artiste ne se prête pas au jeu facile du spectaculaire. Toute sa sobriété s’exprime alors dans des images où la violence laisse une place à la poésie du rêve. Un artiste à découvrir, un artiste à suivre.

Images © Galerie La B.A.N.K

Thomas Hicks / The Dream Stuff
Galerie La B.A.N.K
Du 8 janvier au 1er mars

Galerie La B.A.N.K
42, rue Volta
75003 Paris


Pure Reason Revolution – The Intention Craft de Thomas Hicks

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