L’Ado, la folle et le pervers

Le livre de Marc-Jean Filaire ne fait que confirmer les clichés que j’entrevoyais dans certains films. Des gays souvent absurdes, semblant vivre dans un autre monde, mal dans leur peau, instables, dangereux. Enfin presque, car il y a heureusement des films sans clichés, dans lequel l’homme souffre, aime, pleure, se réjouit, non pas parce qu’il est homosexuel, mais parce qu’il aime. Une première question, pourquoi ne pas prendre en exemple des films aussi mauvais que Poltergay , [ Brokeback Mountain ->184] ou Pédale douce , ne véhiculent-ils pas de si mauvais clichés (si « mauvais clichés » est possible) qu’ils en sont une hérésie ?

Antonio Banderas dans La Loi du désir

De page en page et de film en film, le livre démonte donc ce qui a permis aux hétérosexuels de définir ou même d’illustrer ce que certains aujourd’hui encore croient une maladie dangereuse pour l’humanité. Alors que les religions contribuent de manière autrement plus évidente à l’extinction de l’être humain.

D’après Marc-Jean Filaire, souvent l’homosexuel est filmé comme un pervers, qu’il soit prédateur comme dans La Loi du désir (surprenant Pedro Almodovar qui participerait ici à la prolifération de certains aspects négatifs, d’autant plus qu’il ne cache pas son homosexualité) ou dans Cruising (William Friedkin, 1980). Mais, étonnamment, le pervers est ici aussi un meurtrier, comme si l’un ne pouvait être sans l’autre. Pourquoi ? Parce que si on a une sexualité déviante, il est fort à parier que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête, ainsi l’assimilation est rapide et facile.

Al Pacino dans Cruising

Marc-Jean Filaire explique et décrit chaque cliché avec le plus de précision possible, s’appuyant à chaque fois sur un film dont il fait une analyse. Il insiste ainsi sur les lieux communs et leur dangerosité quant à l’image des homosexuels qu’ils véhiculent. « Mon espérance – certainement vouée à ne demeurer qu’une espérance – serait d’amener ceux qui ne perçoivent pas la violence des clichés homophobes à s’interroger sur leur représentation personnelle des gays »*, explique Marc-Jean Filaire dans un entretien. Almodovar homophobe ?

Mais ne faut-il pas être plus dur, aussi dur que le sont ces idées véhiculées depuis si longtemps ? Certes, ce que souhaite Marc-Jean Filaire est bien plus que nécessaire, mais le titre est-il bien choisi ? N’y a-t-il pas un risque d’éloigner les lecteurs pour lesquels ce type d’ouvrage devrait être nécessaire ? La question se pose. Comment toucher un public beaucoup plus large que celui d’une communauté minoritaire, souvent isolée car longtemps mise au banc de la société tellement « hétérosexuée » ? Quel cinéphile ouvrira ce livre s’il n’a pas une sensibilité ou un questionnement vis-à-vis de l’image homosexuelle au cinéma ?

Il manque un travail de fond à l’ouvrage. Un travail tout d’abord historique afin de placer chaque film dans l’histoire des mœurs de leur pays respectifs, afin de saisir tout l’impact des films de Pedro Almodovar et d’autres. Puis un travail sur la filmographie des metteurs en scène afin de comprendre leur philosophie. Pourquoi ce film ? Quel impact a-t-il sur les autres œuvres du cinéastes, sur l’image des homosexuels…

Hustler White de Bruce La Bruce

Marc-Jean Filaire veut, et je l’en remercie, permettre « une relecture des schémas sociétaux »*. Certes, une telle réflexion est indispensable pour faire progresser la société, mais est-elle prête actuellement ? Je vais extrapoler. Aujourd’hui, en France, l’Etat ferme des centres de réfugiés, expulse par quotas, l’être humain est une marchandise. Les propos racistes, xénophobes n’ont jamais été aussi présents dans les stades. Nos dirigeants se préoccupent davantage de leur confort financier que du progrès intellectuel et culturel de leur nation. Le manque de culture amène l’intolérance et le mépris, le président français en est le plus bel exemple. Donc ce livre est nécessaire, même si le sujet aurait mérité un travail plus en profondeur.

* Extrait de l’interview de Marc-Jean Filaire par Daniel C. Hall sur le site [Les Toiles roses->http://www.lestoilesroses.net/article-26070619.html].

L’Ado, la folle et le pervers de Marc-Jean Filaire édité chez H&O Editions

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3 Responses to "L’Ado, la folle et le pervers"

  1. Céline Egéa says:

    ok !

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  2. psykokwak says:

    Je n’ai pas encore lu le livre de J-M Filaire. Si le gay est « normé » {pervers} cela vient de la nosographie psychiatrique où toutes déviances sexuelles sont (étaient) qualifiées de perverses.
    Je suis un peu surpris de voir Brobeback Mountain cité parmi les mauvais films traitant de l’homosexualité. Est-ce en raison d’une fin tragique? Ang Lee figure parmi les cinéastes les plus {gay friendly}. Il existe une un livre remarquable sur {L’homosexualité au cinéma} de Didier Roth-Bettoni .

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    • Baptiste Lusson says:

      Bonsoir,

      Non ce n’est pas à cause de la fin, tragique mais prévisible, tant « historiquement » que scénaristiquement.

      J’ai expliqué ce que je pense du film dans cet [article->184]

      Répondre

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