Kiju Yoshida l’intégrale

Bon à rien (1960)

Le terme Nouvelle Vague a été proposé à l’époque par la Shochiku, afin de différencier ces nouveaux réalisateurs issus de son propre vivier d’assistants. Ils furent ainsi identifiables tant par le public que par les critiques et eurent le soutien des uns et des autres. La Nouvelle Vague, qu’elle soit française ou japonaise, est avant tout un argument publicitaire destiné à vendre des films de jeunes auteurs, à petits budgets. Ni plus ni moins.

Kiju Yoshida a ainsi construit une œuvre comme le ferait un plasticien, une œuvre complexe et riche. Il commence par des films s’apparentant au genre cinématographique dit taiyozoku (jeunesse violente et rebelle) avec les films Bon à rien (1960), et 18 jeunes gens sous l’orage (1693), où l’on retrouve cette dimension sociale chère aux jeunes réalisateurs. Bon à rien , son premier film, réalisé en 1960, fut également inspiré par le travail de Jean-Luc Godard que Yoshida étudiait sans avoir vu aucun de ses films. Il est alors troublant de constater combien le film Bon à rien ressemble à Pierrot le fou .

La Source thermal d’Akitsu (1962)

Mais le plus marquant de la première période est sans conteste Sang séché (1960), qui narre la tentative de suicide d’un employé licencié devenu héros national et toute la dérive médiatique jusqu’à la disparition complète de cet homme, dont le portrait couvrant la façade d’un immeuble s’effondre. Est-ce le symbole de la fin d’une époque pour le cinéma japonais ou pour la société japonaise ? Au-delà de cette métaphore, Sang séché est malheureusement d’actualité, les licenciements se succèdent aux licenciements, on ne parle plus dans les médias des suicides « professionnels » mais combien sont-ils aujourd’hui à penser à cette extrémité?

1964 est un tournant dans l’œuvre de Yoshida, les conflits sociaux deviennent des conflits sentimentaux, l’amour et le couple sont au cœur de la trame narrative. Le désir de changement n’est plus celui d’une classe sociale mais d’une société entière que les traditions enferment dans une relation de couple empirique. Yoshida aborde notamment des problèmes internes au couple tels que la procréation assistée qui fut longtemps taboue au Japon ( Femme et flamme – 1967), mais également l’adultère, la passion et le féminisme, qui sont des thèmes plus classiques, notamment dans Eros + Massacre (1969).

Eros + Massacre (1969)

Nouvel élément dans la vie de Kiju Yoshida, sa rencontre avec Mariko Okada qui deviendra sa femme et son égérie, elle habitera littéralement tous les films et en deviendra le cœur.

Les films de Kiju Yoshida après 1964 sont difficiles à appréhender, même si de la lenteur naît la beauté esthétique tant recherchée par le cinéaste. La photographie devient un élément fondateur et la recherche esthétique, tant au niveau de l’image que du texte, est poussée au plus loin des possibilités narratives, rendant le visionnage de ces films passionnant mais également ardu.
Le cinéma prend alors toute sa dimension artistique, il devient art pluriel. Car il est l’enfant terrible de la photographie, de la peinture, de la littérature, du théâtre et de la musique.

Partant d’une histoire personnelle totalement différente des cinéastes français de la même génération, Kiju Yoshida a construit une œuvre riche et complexe. Il est en cela très proche de Jean-Luc Godard, mais la comparaison doit s’arrêter là. Il est l’auteur d’une œuvre indispensable à connaître.

Carlotta s’est lancé en 2008 (avec 2 coffrets et le film Eros + massacre ), puis a continué en 2009 (avec 7 films dont Purgatoire Eroica et Les Hauts de Hurlevent ) dans l’édition de l’intégralité de l’œuvre de Kiju Yoshida, ce travail est nécessaire pour comprendre le cinéma japonais.

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One Response to "Kiju Yoshida l’intégrale"

  1. Céline Egéa says:

    ouki !!

    Répondre

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