Le Mépris

Le Mépris est le sixième film de Jean-Luc Godard, le film culte, adoré ou détesté. Certains n’ont jamais pu aller au bout du premier quart sans s’endormir, mais les autres ont dévoré mille fois séquence par séquence ce film absolu.
Marc Cérisuelo a décidé de revenir sur ce film décisif pour de multiples raisons. En première page, trois citations donnent le ton de l’ouvrage : Ezra Pound qui définit l’épopée comme un film qui inclut l’Histoire, quelques mots de Mario Praz qui mélange romantisme et classicisme, et un extrait de l’Encyclopédie nouvelle d’Alberto Savinio sur les formes qui ne succombent pas au temps qui passe.

Ce sont autant d’axes qui vont éclairer le lecteur, non seulement sur la genèse du film et les réactions du public, mais aussi sur sa réelle substance : il s’agit de voir dans Le Mépris un métafilm, un film dont l’objet principal est la mise en abyme la préparation d’un film. En effet, Godard, lui-même critique aux Cahiers du cinéma, a réalisé un film qui se penche sur le cinéma pour donner un éclairage sur l’état de ce monde clos, alors en pleines décomposition et évolution.

Dans le microcosme que représente Le Mépris , chaque personnage est un homme de cinéma, comme dans La Nuit américaine de Truffaut, et Godard pousse jusqu’ à faire jouer à Fritz Lang son propre rôle. Selon Cérisuelo, ce film est le premier métafilm du genre dans ce cercle particulier qu’est la Nouvelle vague. Il débroussaille une certaine vision du cinéma et une certaine façon de tourner, et met en images une splendide interrogation critique sur le cinéma lui-même. C’est pour cela que le livre de Marc Cérisuelo est captivant : il nous plonge dans une histoire du cinéma des années 60, de la Nouvelle Vague et du modernisme, au centre de laquelle se trouve ce film qui a tant fait parler de lui. On apprend par exemple que Jean-Luc Godard aspirait avec Le Mépris à faire un film d’Antonioni réussi, c’est-à-dire tourné à la façon de Hawks ou d’Hitchcock, ou que la fameuse scène du postérieur le plus sensuel de l’époque a été rajoutée suite aux exigences de la production. Enfin, la lumière est faite sur la dramatisation de la banalité dans cette peinture singulière du couple en train de vaciller : c’est cette manière si particulière qu’a Jean-Luc Godard de susciter le sentiment du tragique au sein d’une parfaite trivialité qu’analyse Cérisuelo pour conclure son étude.

Au fil des pages, le film prend de l’ampleur et les fesses de Bardot, aussi jolies soient-elles, s’effacent derrière les nombreux éclairages faits par l’auteur et illustrés avec soin par des extraits du scénario et des photos du film. C’est un livre qui ravira tous les cinéphiles passionnés par ce chef d’œuvre résolument moderne et par le chef de file de la Nouvelle Vague.

Le Mépris
de Marc Cérisuelo
[Editions de la Transparence->http://www.latransparence.fr/index2.html]

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