Les Larmes de Madame Wang

Mme Wang quitte Pékin après l’emprisonnement de son mari. Endettée à cause des mises en jeu au poker de son conjoint, Mme Wang retourne dans sa province natale, accompagnée d’une enfant abandonnée par sa famille. Sur les conseils de son ancien ami, elle se fait pleureuse professionnelle pour rembourser les dettes de son époux et le libérer de prison.
Bingjian déroute notre sensibilité occidentale, souvent à la recherche de la signification d’un acte, d’un événement ou d’un détail. Le cinéaste éloigne sciemment ses personnages, qui nous semblent distants et insaisissables, pour ne saisir que des instants de vie. Le découpage qu’il utilise est celui d’un œil avisé, mobile. Le cadre s’inscrit continuellement dans la temporalité. La profondeur de champ qui capture les décors ainsi que le travail sur les hors-champs offrent une vue d’ensemble qui va au-delà de la simple narration et nous montre le réel en délaissant l’artifice d’une histoire déjà écrite et prévisible dans nos esprits. La mise en scène de Bingjian est un regard.

Wang, ou « la soif de vivre » selon Bingjian

Le personnage de Wang (Liao Qin) intègre cette vision du réalisateur. L’héroïne sert à porter notre regard sur la vie des habitants de sa région natale autant que sur la sienne. Malgré les déboires, Wang nous fait sourire et rit elle-même de son sort. Digne des grands interprètes de l’opéra de Pékin, Wang sait pleurer magnifiquement, surtout dans cette scène fabuleuse où elle feint son désarroi face aux couples qui réclament furieusement le remboursement des dettes de son mari. Mme Wang aspire à libérer son époux afin de vivre sa vie. Seulement, l’ultime profession de foi la mène à verser les véritables larmes, au moment précis où cette vie lui est désormais impossible.

La sixième génération en marche

A l’instar de Jia Zhang-Ke ( Still life 2006), le réalisateur chinois de l’après-Tien An Men et de la répression de 1989 s’engage dans une vision en contrepoint des grands drames chinois contemporains. Après les fresques historiques et psychanalytiques à l’image de Adieu ma concubine de Chen Kaige (cinéaste dit de la cinquième génération), qui voyait le destin de deux acteurs d’opéra dans une Chine livrée à ses démons pendant près de cinquante ans, le style léger et souple du réalisateur nous ramène vers des compromissions plus simples, mais non sans aller plus loin dans la compréhension des choses. Bingjian accorde de la valeur à travailler avec des acteurs non professionnels, une tendance cinéma à la mode, plutôt critiquable. Pour autant, il semble difficile de reprocher au réalisateur de tourner la page d’un cinéma qui misait tout sur la dénonciation sans détour de la Chine… Astucieux à l’heure de l’ouverture au monde de ce vaste et mystérieux pays.

Titre original : Ku qi de nü ren
Réalisation : Liu Bingjian
Scénario : Liu Bingjian & Deng Ye
Musique : Ligiang Dong
Interprétation : Liao Qin, Xingkun Wei, Jiayne Zhu
Pays : Sud-coréen, Chinois, Français
Genre : Drame
Durée : 90 mns
Date de sortie : 26 mars 2008
Année de production : 2002
Distribution : Zootrope Films
Images © Zootrope Films

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