Retour à Gorée

Pierre-Yves Borgeaud situe Retour à Gorée entre le road-movie et le documentaire, un peu à la manière d’un Bohringer. Il fait voyager sa caméra des ruelles de Gorée jusqu’à Atlanta, la Nouvelle-Orléans, New York, Luxembourg pour enfin revenir à Dakar. Nous partageons l’intimité des voyages et des rencontres. Nous assistons aux répétitions. Et tout au long des plans le spectateur capte l’invisible : les affinités profondes qui se créent à travers la musique. Des liens d’amitié et de fraternité remplis de gravité, d’émotion et de rire. Le film réussit à rendre très attachantes différentes personnalités de musiciens qui, malgré leur différence, se trouvent unis par leur passion commune. Les voix s’accordent. Des regards parfois intenses se croisent. Les langues, les religions et les cultures se mêlent. Par la puissance évocatrice de ses gros plans, sans démontrer, le réalisateur parle avec tact de l’harmonie entre les êtres au-delà de ce qui les sépare. Autant qu’elle voit, sa caméra sait écouter, presque méditer.

Retour à Gorée , en plus d’être film sur la musique, est en effet un voyage méditatif dans l’Histoire. Depuis la « porte du non-retour » où Youssou N’Dour effectue son pèlerinage initial, jusqu’à la « grande porte » des États-Unis, le spectateur comprend que le gospel, le jazz, le blues et plus tard le rock puisent leur origine dans les negro-spirituals et les rythmes des djembés africains. C’est bien de Gorée et du chant des esclaves que partent tant d’influences musicales qui seront développées aux Etats-Unis par la diaspora noire. La musique constitue le lieu d’expression de la lutte pour la reconnaissance et la dignité des noirs partout dans le monde. La musique résonne de ce combat pour la reconnaissance et la mémoire. Le film permet ainsi de découvrir différentes communautés, leur besoin vital de faire mémoire et de partager une culture commune pour se forger une identité.

Autre rareté de Retour à Gorée , celle de nous faire vivre plusieurs jours dans le sillage de Youssou N’Dour, chanteur mondialement connu mais dont on a rarement l’occasion de partager l’intimité. Pour beaucoup, Youssou N’Dour, c’est d’abord une voix. Le film donne ici l’occasion de découvrir une personne aux multiples facettes. Homme de foi, ambassadeur de l’Afrique, musicien doué d’une grande intuition artistique, il prend la figure du frère auprès de tous ceux qu’il rencontre au cours de son périple. Dans de très belles tonalités sombres, l’image saisit avec beauté et grâce ce visage rond, généreux et expressif, capte la voix puissante et fragile en même temps, ce timbre africain qui nous est familier.

Le chanteur achève sa mission en retournant à Gorée. La quête trouve son accomplissement lors d’un concert final sur l’île où tous les musiciens venus de différents horizons se retrouvent pour jouer, non loin de la maison aux esclaves qui fut le témoin d’un des plus grands déchirements de l’humanité. Ce qui était disséminé est réuni. Le temps d’un concert, tous ne font qu’un, dans une belle harmonie… Comme le dit musicalement ce road-movie.
Il restera une question : celle de l’autre !

Réalisation : Pierre-Yves Borgeaud
Interprétation : Youssou N’Dour, Moncef Genoud, Idris Muhammad
Photographie : Camille Cottagnoud
Musique : Moncef Genoud, Youssou N’Dour
Pays : Luxembourg, Suisse
Genre : Documentaire, Musical
Durée : 1h 42min
Date de sortie en France : 02 Avril 2008
Année de production : 2007
Distribution : Hévadis Films
Images © Hévadis Films

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