Death Note

Détrompons-nous : Death Note n’est ni la dernière exportation du J-horror adolescent, ni une analyse de phénomènes socio-culturels au Japon. Il n’est ni plus ni moins que ce qu’il est, une adaptation d’un manga japonais à succès. Néanmoins, il s’agit d’un de ces films qui, à la manière d’un Battle Royale (où l’on reconnait notre héros Tatsuya Fujiwara), devient culte avant son temps. Depuis sa sortie au Japon cet été, la Death Note-mania se propage, de Hong Kong à Taiwan et même jusqu’en Chine.

D’après ce manga violemment exquis qui, certes, pose des questions de morale et de justice, il en ressort un gekiga (film adapté de manga « dramatique ») à la fois fantastique et tenu en laisse par les thèmes cérébraux de son œuvre d’origine – à savoir qu’il nous offre peu d’action et beaucoup de dialogues, mais des personnages séduisants et une intrigue absorbante.

Au début, ce n’est pas bien compliqué. Une main écrit au stylo à bille le nom de quelqu’un sur un carnet. Quelques secondes plus tard, la personne meurt. D’où le titre diabolique de ce film caricatural. Death Note est tout de même situé dans le réalisme du temps présent, dans un Tokyo bourdonnant d’affaires, de consommation, de médias, de pop stars et de crime. D’où l’intérêt du jeune et joli protagoniste (Fujiwara), étudiant en droit désillusionné par l’inefficacité du système judiciaire, qui trouve un carnet meurtrier magique et s’abandonne aussitôt à la mégalomanie divine. Son nom : Light – en anglais comme en japonais (« Laïto »).

Non seulement ce gosse allumé est beau, riche et intelligent, mais il se régale de ses privilèges d’élite avec une arrogance virtuose. Si on le trouve plutôt sympa de prime abord – le jeune idéaliste qui cherche à rétablir la justice sans bureaucratie – on sympathise un peu moins lorsqu’il se prend carrément pour Dieu (l’utopie, c’est moi). Pendant ce temps, la réaction du public se divise en deux camps : pour celui qui rend enfin justice aux victimes ; contre le serial killer hors la loi. Ses actions inspirent des débats, créent des fans clubs, provoquent des blasphèmes. Cependant, personne ne sait qui c’est. Le nouveau maître du meurtre est ainsi baptisé Kira – en japonais comme en anglais (prononcez « Killa »).

Heureusement qu’au fur et à mesure que Light devient désagréable, on lui vole la vedette. Notre fascination voyeuse pour son délire maléfique est détournée par une voix de défi qui s’exprime à travers un Apple Powerbook 17″ affichant le mystérieux monogramme gothique « L ». Ce dernier s’avère être le favori du film, un ado (Ken’ichi Matsuyama) fin et gourmand – jamais sans sucette, chocolat ou tasse de thé en main, assis perché sur le canapé de sa suite royale et toujours habillé en longues manches blanches – qui finalement supplante le chef de police à la tête de l’enquête sur Kira lorsqu’il fait ses preuves de génie ludique. Peu après cette révélation, on apprend que Light n’est autre que le fils du chef de police Yagima (Takeshi Kaga), et donc initié depuis longtemps aux stratégies d’investigations policières.

Il s’ensuit un jeu de chat et de souris intense entre le justicier extrémiste et le otaku gourmand, tous deux mômes gâtés et mégalomanes au pays de salarymen paternels et d’adolescentes adoratrices. Réduit à un animal sauvage placé sous surveillance, prêt à tout pour garder son identité secrète, Light se lance dans les règles détaillées du Death Note pour scénariser des exterminations de plus en plus complexes (et souvent violentes) de ses ennemis obstacles. Quant à L, il mobilise les médias et la force policière pour mater Kira sur l’échiquier japonais.

Voilà pour le cœur du combat. Sur fond de dialogues analytiques et d’exécutions en série, les personnages secondaires habitent l’écran et étouffent l’histoire – à commencer par Ryuk, un shinigami (dieu de la mort) dont la création en images de synthèse reflète à merveille sa représentation manganesque, celui qui par ennui laissa traîner le Death Note récupéré par Light, observateur de conscience, mangeur de pommes, nargueur d’innocents et perçu uniquement par ceux qui ont touché le carnet meurtrier. C’est le surréalisme du scénario incarné par une bête qui littéralement nous saute aux yeux.

Death Note est sorti le 17 juin au Japon et le 10 août à Hong Kong ; l’animé débuta à la télé japonaise début octobre ; Death Note – The Last Name est sorti simultanément le 3 novembre 2006 au Japon, à Hong Kong et à Taiwan, pour tous les fans désormais avertis. Comme le second film résume la suite et fin du manga dans toute sa complexité cérébrale en quelques 140 minutes, il ne s’attarde plus sur les délices de l’exposition afin d’accélérer le rythme du récit : Un deuxième Death Note tombe du ciel pour finir dans les mains malicieuses de la jeune animatrice de télé Misa (Erika Toda), qui échange la moitié de sa vie pour « les yeux de la mort » permettant de voir le nom d’une personne, ainsi que le compte à rebours de sa vie, en regardant son visage. Light apprend à manipuler sa propre psychologie en marchandant avec l’oubli. D’autres shinigami viennent peupler le monde des mortels pour entrer dans leur jeu de lapin-chasseur…

Plus on avance, plus c’est compliqué. Pourtant, on revient toujours au duel fondamental entre Light et L, comme si on suivait le sort du monde entre les mains de deux adolescents absorbés par une partie d’échecs prise fatalement au sérieux. D’un côté, Light lutte pour conserver le pouvoir de tuer à loisir afin d’établir son utopie personnelle ; de l’autre, L lui oppose résistance, le défiant juste pour la stimulation du jeu, avec un peu de sucre sur le côté. Le reste, c’est du détail titillant.

Si le film de Shusuke Kaneko renvoie inévitablement à l’habile manga de Tsugumi Oba et Takeshi Obata, au moins il aura, à la façon du plus réussi Nana (avec Ken’ichi Matsuyama cette fois dans un rôle secondaire), mis à la portée de tous les spectateurs curieux le plaisir de l’œuvre.

Titre original : Desu nôto
Réalisation : Shusuke Kaneko
Scénario : Tetsuya Oishi, Tsugumi Oba et Takeshi Obata (manga)
Interprétation : Tatsuya Fujiwara, Ken’ichi Matsuyama, Takeshi Kaga, Erika Toda, Shido Nakamura (voix de Ryuk)
Pays : Japon
Année de production : 2006
Photos ©
2006, Warner Bros. Japan

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