L : Change the World

Cette fois, il a son propre film. Et ce n’est plus à Shisuke Kaneko mais à Hideo Nakata – que l’on connaît plutôt pour ses Ring d’horreur – qu’on a confié la réalisation d’un scénario original qui, malheureusement, est loin d’être à la hauteur du manga qui inspira les deux premiers Death Note cinématographiques à succès.

Ceci dit, il s’agit bien d’un film dérivé pour apaiser et amuser les fans, et non pas de la pièce manquante d’une trilogie de chefs-d’œuvre. En tant que sous-produit, nous avons droit aux « 23 derniers jours » de L , comme l’indique son titre japonais, ce qui reprend au moins la chronologie de l’intrigue.

Ce sont précisément les 23 jours qui suivent le moment où L écrit son propre nom dans le cahier de la mort dans un détournement suicidaire, si l’on se souvient bien, afin de mater et éliminer le méchant Kira dans toute sa mégalomanie meurtrière une fois pour toutes.

L, toujours génial d’intellect mais délicieusement puérile d’esprit, réapparaît ici en caricature ludique : on reconnaît son eye-liner noir, son tee-shirt blanc à manches longues et jean, le garçon laconique toujours entouré de sucreries, une tasse de thé entre le pouce et l’index, assis perché, le dos courbé, tapant sur son clavier à grands coups de doigts…

Mais après la mort programmée de son majordome bien-aimé Watari (Shunji Fujimura) et la destruction définitive de l’immoral Death Note, il ne nous reste plus qu’un L mélancolique et seul, détective polyglotte fournissant les pièces manquantes à Interpol, et finalement un gosse qui se retrouve en grand frère prêt à sauver le monde en courant avec l’antidote au virus sur le dos.

Hélas, on est vite passé du drame cérébral au polar d’action – dont l’action consiste de plans larges sur L courant (toujours le dos courbé) et de gros plans grotesques sur la mort lente, laide et cruelle des infectés humains dans une atmosphère de terreur claustro-panique à la Vol 93 .

C’est précisément à ces moments de mise à mort horrible, sinon surjouée, que l’on regrette le plus l’absence de tout ce qui séduisait dans le manga et films cultes : la guerre intellectuelle, L contre Kira, le bien contre le mal, l’humanité contre l’égoïsme, sans même parler des dieux diaboliques animés en CGI.

Cette fois, l’histoire est beaucoup trop facile, voire ennuyeuse à outrance. C’est au manque d’imagination des scénaristes que l’on attribue le truc du virus mortel, cultivé et éparpillé par l’anti-L – une dénommée K suivie de sa bande de rescapés ridicules avec une drôle de théorie comme quoi il suffirait de tuer un maximum d’êtres humains sur terre afin de rétablir l’écologie naturelle (et ainsi « changer le monde »).

Cependant que les moments « off » de L se multiplient, tellement il s’ennuie à confondre ses ennemis, il y gagne deux nouveaux jeunes complices. Si le rôle du petit garçon thaï, génie des chiffres, est plutôt sous-développé, l’écolière Maki (Mayuko Fukuda), fille du scientifique qui développa l’antidote salvateur, est issue du fantasme, à la fois mignonne, meurtrière et suicidaire.

Et voilà pour l’intrigue. Pour ce qui est de L, on n’en sort pas aussi déçu. Ce épisode après coup laisse entendre effectivement une voix off sensible et introspective, confiant à Watari au fur et à mesure ce qu’il pense de cette vie qui s’achève, tout doucement, comme il a été écrit, jusqu’à la belle scène d’adieu qui lui rend enfin justice.

Réalisation : Hideo Nakata
Scénario : Kiyomi Fujii, Hirotoshi Kobayashi
Interprétation : Ken’ichi Matsuyama, Mayuko Fukuda, Shunji Fujimura
Pays : Japon
Année de production : 2008

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