The Wrestler

Randy « The Ram », ancienne gloire du catch US des années 80, a perdu sa splendeur passée. Aujourd’hui il se cramponne à ses collants et écume les rings de province. Après un énième combat, Randy faiblit et perd connaissance. Cloué sur un lit d’hôpital après un pontage, il découvre qu’il est cardiaque et doit abandonner le catch. Contraint de se ranger, il tente de renouer les liens avec sa fille, aidé par Cassidy, une strip-teaseuse avec qui il entretient des rapports affectifs troubles.

The Wrestler , c’est du Bukowski dans ses moments les plus doux, les plus sensibles. Un peu à la manière d’écrivain de Los Angeles , Aronosfsky dresse le portrait de l’Amérique interlope. On navigue entre les concours de catch, les parcs de caravanes où crèche Randy et les bars à strip-tease. Des lieux magnifiquement éclairés et captés dans une photographie brute et aride qui donne au film une esthétique documentaire magnifiée par la mise en scène d’Aronofsky. Une réalisation à l’épaule immersive, directement adressée à notre affect. On ne peut que se prendre d’amour pour ce personnage parfois pathétique mais toujours profondément humain.
The Wrestler raconte l’itinéraire d’un homme désocialisé. Seul, coupé de sa fille, Randy ne vit que dans le reflet troublé de son passé. Marginalisé dans la « sous culture » du catch, il y mène la seule vie qui lui reste. Et lorsque cette vie lui échappe, le voilà contraint à renouer les liens avec un monde jusqu’alors extérieur. Le film devient un jeu de relais où chacun cherche de nouveaux repères pour dépasser sa propre condition. Les mécanismes changent. L’illusion propre au combat de catch laisse la place à la réalité des rapports humains. Durs, secs et bien plus douloureux et incontrôlables que ceux des rings. Les faux-semblants disparaissent au profit du don de soi et de l’intime.

Aronofsky filme alors la mue de Randy. Il scrute la difficulté de dépasser sa propre condition. Le film interroge ce que devient un catcheur incapable de vivre dans le monde actuel, soudain devenu inapte au combat. Qu’arrive t-il à un homme inadapté à la société dans laquelle il vit et auquel on enlève son ultime refuge ? The Wrestler donne comme seule réponse valable et immuable celle de la difficulté de vivre. Comme en clin d’œil à Requiem for a Dream , le cinéaste questionne de nouveau la notion de manque. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’héroïne. L’addiction de Randy est celle des rings et des fans hystériques, mais la charge symbolique est la même que pour l’adaptation du roman d’Hubert Selby Jr. Le film transpire la mélancolie. Il distille une tristesse à fleur de peau et témoigne de la difficulté de trouver durablement sa place dans le monde ; celle de se donner aux autres et d’atteindre sa rédemption. Randy avec sa gueule bo(to)xée est à lui seul l’incarnation désarmant de la douleur de vivre. On sort du film hagard, comme après avoir pris un saut de la troisième corde en plein cœur.

Réalisation : Darren Aronofsky Scénario :
Robert D. Siegel Photographie : Maryse Alberti Musique : Clint Mansell, Bruce Springsteen Interprétation : Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood Pays : Etats-Unis
Genre : Drame Duree : 1H45 mn Année de production : 2008 Sortie en salles : 18 Février 2009
Distributeur : Mars Distribution Images © Mars Distribution

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