Soyez sympas, rembobinez

L’idée de départ est, comme toujours chez Michel Gondry, grandiose. N’ayons pas peur des mots. A côté d’un cinéma décidé à porter aux nues des historiettes de jeunes filles enceintes voulant garder leur bébé ou autres ados attardés n’ayant pas su « tuer le père », l’ex-clippeur à l’imagination sans bornes peut tenir lieu de succédané à ces films dont on se demande à chaque image ce qu’ils peuvent bien avoir d’ »indépendant ».

En effet, que cela soit dans ses premiers longs métrages, comme dans son très beau The Eternal Sunshine of the Spotless Mind , Michel Gondry a su à chaque fois allier richesse de la mise en scène et profondeur du scénario. Rien d’étonnant concernant ce dernier, car confié – comme pour Human Nature – à un maître en la matière : Charlie Kaufman (par ailleurs scénariste de l’immense Dans la peau de John Malkovich ).

Pour ses deux derniers films, le réalisateur français, jusque-là très marqué par la façon de faire hollywoodienne, essaye de s’en détacher en imposant davantage ses idées loufoques, dans la forme surtout mais aussi dans le fond. Et c’est là que le bât blesse. Car si La Science des rêves passe encore dans le genre de la comédie burlesque où tout est permis, Soyez sympas, rembobinez nous laisse davantage perplexes vis-à-vis du travail de l’enfant prodige qui a décidé de se passer désormais des services d’un scénariste auquel son cinéma devait pourtant beaucoup.

Très bonne idée de départ, nous l’avons dit, mais scénario s’essoufflant vite dans une débauche de situations parfois cocasses, souvent pesantes et finalement convenues. La fin du film l’illustre hélas parfaitement.

Le réalisateur, sans doute obnubilé par son sujet initial, fait montre de plus en plus de peine à s’en détacher pour ne nous livrer au final qu’une accumulation d’effets visuels certes novateurs, mais dont le nombre et par là même la pertinence pèsent peu au regard de la morale qu’il souhaite défendre (les meilleurs films sont les nôtres, au sens propre comme au figuré).

En voulant se démarquer le plus possible de ce formatage artistique dont les comédies hollywoodiennes actuelles tendent à nous rendre complices, Michel Gondry ne fait pas beaucoup mieux, s’enferrant lui-même dans une inévitable conclusion moralisatrice, à savoir ce que l’on savait en outre déjà : l’industrie tue l’art et c’est le rôle de l’art que de tuer cette industrie. Les personnages du film n’y parviendront finalement pas, de même que leur réalisateur. Dommage.

Titre original : Be Kind Rewind
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry
Musique : Jean-Michel Bernard
Photographie : Ellen Kuras
Interprétation : Jack Black, Mos Def, Danny Glover
Pays : Etats Unis
Genre : Comédie
Durée : 1h 34min
Date de sortie en France : 05 Mars 2008
Année de production : 2007
Distribution : EuropaCorp Distribution
Images © EuropaCorp Distribution

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