La Sagrada Familia

Campos fait voler en éclats les codes catho du Chili des années 80. Le réalisateur chilien décompose, dans un processus de « réflexion intuitive », l’édifice moral d’un microcosme familial qui érigeait une barrière de valeurs totalement déconnectées d’une réalité sociale.

Avant même l’arrivée de l’ange destructeur, le cinéaste informe d’un malaise ambiant derrière la jolie façade de la maison et de ses habitants, comme si celles-ci craignaient déjà d’être confrontées à des démons la rongeant depuis des années. Campos est sensible aux fluctuations des sentiments de ses personnages et de leurs interrogations. L’objectif peine à trouver une stabilité dans la position des corps, les mouvements, les expressions enfouies des individus, dans les paroles maladroites et peu sûres comme celles, élogieuses, de Marco pour Sofia. Le destin de la famille échappe déjà à tout contrôle.

Sofia débarque. Très vite, le discours et la présence de la jeune femme se révèlent insupportables. Une atmosphère étouffante d’addiction, sans plus aucun interdit, presque sans limites, déstructure les liens : homosexualité violente et désinhibée des amis de Marco, abandon spirituel, abandon des sens… Le monologue récité d’Ophélie brise définitivement les murs. Le récit est désormais conduit par un triangle amoureux infernal.
L’architecture familiale, parabole assumée de la Sagrada Familia, n’est plus crédible. C’est celle exprimée plus tôt par Marco, celle de Gaudi et de la « foi crédible » en laquelle il croit. Le père, à cet instant, assume un discours opposé, comme s’il présageait de sa faiblesse envers Sofia. « Du carnaval », réplique-t-il. Retour au présent où le père est victime de ses propres paroles, où il cède au moment fatidique du discours de l’homme fort.
Cigarette à la main, les deux complices deviennent acteurs de cette foire aux faux sentiments, foire artistique où le réalisateur s’amuse dans une mise en scène minimaliste, où les manèges scénaristiques sont délaissés au profit des personnages.

Le père finit par succomber aux plaisirs de cette maîtresse machiavélique. Arrive le sacro-saint jour de la résurrection, ou comment chacun retrouve sa place dans l’échiquier, blancs et noirs, ou comment Marco prépare sa mise en scène diabolique après cette traîtrise incestueuse : les mauvais d’un côté, les bons de l’autre.
Campos malmène et juge sans détour des idéaux religieux désuets dans le Chili moderne. L’intérêt est de montrer combien le cheminement peut s’avérer rapide pour basculer d’un état de moralité à son absolu contraire, et combien tout semble fragile et ne tenir qu’à un fil. Le processus est un peu scabreux, difficile à suivre parfois. Mais servi par des comédiens plus vrais que nature, le docu-film trouve sa marque de fabrique, son empreinte, entre le réalisme sans concession de Festen (1998) et l’onirisme trop compliqué de Théorème (1968).

Réalisation : Sebastian Campos
Scénario : Sebastian Campos
Musique : Javiera & Los imposibles
Interprétation : Nestor Cantillana, Sergio Hernandez, Coca Guazzini, Patricia Lopez, Macarena Teke, Mauricio Diocares, Juan Pablo Miranda
Pays : Chili
Genre : Drame
Durée : 99 mns
Date de sortie DVD : 28 avril 2008
Année de production : 2005
Distribution : Epicentres films
Images © Epicentres films
Bonus : entretien avec le réalisateur, clip vidéo de la musique du film, filmographies (réalisateur, acteurs)…

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