Paranoid Park

« Mewci Cânnes de m’awoiw compwis »

Quatre ans après son sinistre Elephant , Palme d’Or à Cannes s’il vous plaît, le désormais célèbre « Culte-Van-Sant » nous rouvre le tiroir sans fond de son imaginaire étriqué pour s’attarder une fois encore sur la figure d’un adolescent incompris par une société américaine décidément très méchante. La victime de cette nouvelle entreprise de dénégation bien commode se nomme Gabe Nevins (Alex dans le film, c’est vrai que ça fait tout de suite plus rêver), gueule d’ange débauchée cette fois via Myspace, le site où des ados torturés en mal de crédibilité prennent la pose pour espérer devenir un jour des stars. Tout un symbole.

L’artifice élevé au rang d’art

Le film consiste à suivre au ralenti et à grand renfort de flashs-back ou autres flashs forward l’itinéraire d’Alex après l’accident traumatique. Sous une douche purificatrice (avec référence à Psychose en prime), le long des couloirs de son lycée hostile (autocitation tirée d’ Elephant ), dans sa chambre vide, sur la plage… Partout Alex est seul, Alex est isolé, Alex est sûrement en pleine crise de conscience.

Enfin, Alex, on a surtout l’impression que c’est l’archétype d’un délire libidinal de plus sur les adolescents de la part du réalisateur. Leurs visages imberbes nous sont donnés à contempler, même chose pour leurs figures de skate, le tout dans une atmosphère esthétisante qui sent surtout la prétention et la fumisterie. N’est pas Wong Kar-wai qui veut.

On a du mal à être touché par le mal-être des progénitures de l’Amérique. On a plutôt tendance à être excédé devant cet étalage de clichés sur cette adolescence sordide, de la pom-pom girl en titre à la bonne copine boutonneuse, la mention obligatoire de la guerre en Irak ne nous étant évidemment pas épargnée.

Un Meursault sans relief

Et Alex : qui est Alex, le personnage central à travers lequel tout nous est donné à voir, sans commentaires et sous couvert de laisser le spectateur déconcerté face à sa conscience ? D’abord un adolescent banal, qui commet un homicide et qui, malgré les efforts déployés pour nous faire croire que son univers en est transformé, reste banal, dans son monde insignifiant. On n’y croit pas une seconde. Un ado type de seize ans qui trimballe des visions atroces, tout en gardant une contenance et un calme olympiens, sans qu’aucun mouvement de son petit visage ne trahisse la moindre émotion ? Même Raskolnikov dans Crime et Châtiment n’a pas réussi l’exploit.

Mais l’héroïque Alex garde sa douleur pour lui et son journal dans lequel il paraît essayer de s’en délivrer, sans toutefois y parvenir. C’est la copine boutonneuse en question qui lui donnera la solution rédemptrice : mais ouais, Alex, écris une lettre. Il l’écrit, il la brûle. Musique.
Que penser ? Spectateur, nous te laissons, désarçonné, face à ta conscience.

Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Gus Van Sant D’après l’oeuvre de Blake Nelson
Photographie : Christopher Doyle, Kathy Li
Interprétation : Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu
Pays : France, Etats Unis
Genre : Drame
Durée : 1h 25min
Date de sortie en DVD : 24 avril 2008
Date de sortie en salle : 24 Octobre 2007
Année de production : 2007
Distribution : MK2 Diffusion
Images © MK2 Diffusion

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