Rencontre avec José Garcia

Connaissiez vous le GAL (Groupe Antiterroriste de Libération) avant de lire le scénario ?
Pas du tout. Depuis le temps que je passe mes vacances au Pays basque, je voyais bien le sigle du GAL s’ajouter aux graffitis de l’ETA. Mais cela restait abstrait, d’autant que nous n’avons pas toujours eu la télévision à la maison. Il faut aussi ajouter qu’il n’y avait à l’époque aucune connexion entre la France et l’Espagne à ce sujet.

Faut-il blâmer les médias pour cette désinformation ?
Non. J’oserais même dire que le problème vient, au contraire, de nous. Je suis atterré devant ce qui est en train de se passer en France. C’est très insidieux, comme la presse people se multiplie, grossit, s’invite jusque dans les dîners mondains. Mêmes les plus cultivés ne parlent que du couple présidentiel. Les journaux, pour vendre, sont obligés de s’adapter à ce public. Mais le fait est que c’est nous qui avons changé. La vie est plus dure, les écarts sociaux se creusent, il n’y a quasiment plus de classe moyenne en France. Les libertés disparaissent, le cinéma coûte cher… Que reste-t-il pour vivre à travers les autres ? Le people.

Comment se glisser dans les bottes de Melchor Miralles ?
La première difficulté a été de jouer en espagnol. Avec une langue qui est en vous mais que vous n’utilisez pas tous les jours, le son d’une phrase peut sortir de façon très étrange et l’émotion ne passe pas comme voulu. J’ai donc pris la décision d’aller me « faire rééduquer » chez Tomatis, un centre spécialisé dans les fréquences de l’oreille.

Vous êtes un perfectionniste.
Un perfectionniste frustré. Voir tout ce travail de minutie – décrocher le téléphone à la manière d’un journaliste, bloquer l’appareil photo sur un bras – réduit en à peine dix minutes à l’écran. Des fois, j’en pleurerais.

Le tournage a duré des mois. Avez-vous eu besoin de rester concentré sur votre rôle avant et après le tournage ?
Mon métier est formidable à partir du moment où l’on bosse énormément le personnage dans la journée, mais le soir venu il rentre au placard. Rien de pire qu’un acteur ou une actrice qui analyserait mon jeu à la pause. Alors là, je peux devenir super violent. Cela reviendrait à subir les réflexions d’un copain après une partie de tennis : « Tu vois, au deuxième service, tu aurais dû plus la lifter. » Joe Casse-Couilles. Disons qu’il faut avoir assez de métier pour rentrer et sortir d’un personnage sans se trimballer avec.

Vous avez enfilé quasiment tous les costumes. Du comique au polar en passant par un personnage de mythologie ( Sa Majesté Minor ) et votre propre rôle ( Rire et Châtiment ). Quel personnage ne pourriez-vous pas jouer ?
Celui que je sais déjà faire. Là, je m’emmerderais. Après, au contraire, plus les personnages sont extrêmes, pourris, ignobles, et plus le travail est jouissif. Car il faut décortiquer ce qui les fait jouir. Avec Benoît Poelvoorde, on se passionne pour les gros cons. Le mytho, le connard, le méchant, le raciste, celui qui a décidé de vous apprendre la vie. Lui, on le choie à mort. Surtout si c’est un modèle inédit. Ma femme désespère de nous voir passer autant de temps avec ce con. Et nous, on sourit. Nous le vidons de sa substance pour mieux nous en resservir après.

Quel est votre cinéma ?
Un cinéma de second degré – voir plus –, nourri de poilades complètes. Le burlesque m’a souvent été salvateur.

Aimeriez-vous retourner à votre premier amour, le théâtre ?
Cette année, je me suis vu proposer beaucoup de pièces, sans trouver d’œuvre qui m’intéressait. Et je dois d’abord réapprendre à marcher, à monter sur scène, me rôder un peu en province. Après avoir brûlé les planches pendant dix ans, il ne faut pas être présomptueux et se dire qu’on peut revenir comme ça. C’est le meilleur moyen de se casser la gueule.

Propos recueillis par Moragne Le Moal

Image © 2008 Morgane Le Moal / Cinemapolis.info

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