Un conte de Noël

Junon (Catherine Deneuve) et Abel (Jean-Paul Roussillon) eurent un fils, Joseph. Atteint d’une maladie rare, celui-ci pour être sauvé devait recevoir une greffe de moelle osseuse. Sa petite sœur Elizabeth (Anne Consigny) n’étant pas compatible, ses parents conçurent un autre enfant pour sauver Joseph. Mais Henri (Mathieu Amalric), qui allait naître, ne put rien non plus pour Joseph, qui mourut à l’âge de sept ans. Ce qui rendit Henri complètement inutile aux yeux de sa mère et source de tous les maux pour le reste de la famille. En particulier d’Elizabeth qui, un jour, épuisée par les frasques de son frère, décida de le bannir définitivement. La famille s’en accommoda sans rechigner pendant six années. Jusqu’à ce que Paul (Emile Berling), le fils d’Elizabeth, en plein bouleversement psychologique, exige un Noël avec son oncle honni.

Baigné de cynisme faussement nonchalant, le film dissèque les trois jours d’une famille tournant en rond dans un huis clos imposé. Comme pour dédramatiser l’ambiance à couper au couteau à fromage – la maladie de Junon, le retour d’Henri, la folie de Paul – Arnaud Desplechin décide, un peu à la manière des dialogues chantés dans Les Parapluies de Cherbourg (déjà avec Catherine Deneuve), d’apposer un mauvais ton, un jeu faux sur le texte d’Emmanuel Bourdieu. Et pose la question : que se passe-t-il lorsqu’on change les tierces d’une partition ? L’émotion d’un blues reste-t-elle intacte s’il est interprété au ukulélé ? Comme le chef-d’œuvre de Jacques Demy en son temps, l’essai de Desplechin gêne, gratte, frotte, tel un slip enfilé devant-derrière.

Pour apprécier pleinement cette dramédie quasi biblique, il faut s’y rendre par deux fois. La première pour observer, et la seconde pour écouter. Aucun effort d’élocution n’est apporté, tout n’est pas audible, leur accent ne nous est pas familier. Nous ne faisons pas partie de la famille. Nous sommes simplement autorisés à jeter un œil par le carreau. Rien n’est décrypté, personne pour ralentir le rythme – si ce n’est par touche brute où le protagoniste interpelle carrément le curieux en cours d’histoire. Parfois même les personnages semblent nous avoir oubliés. Comme cette scène où Abel lit à sa fille un extrait de roman. La voix du patriarche finit par s’éteindre en cours de paragraphe, de fait inachevé. Aucune importance, l’intention est passée. Si le texte est dur et dense, le rôle principal est largement attribué au ton, avec une forme (brillant travail de Eric Gautier, précédemment dans Paris je t’aime , Into The Wild et L’Heure d’été ) soignée en dépit du fond. L’histoire, presque banale, ne parle de rien en particulier – la singularité de cette famille poil à gratter mise à part. Comme le résume Chiara Mastroianni/Sylvia à califourchon sur Melvil Poupaud/Ivan : « Les Vuillards se complaisent à se dire communs alors qu’ils sont tout sauf communs. »

Un conte riche, plein, à l’image de ces comédies musicales dont l’attention du spectateur n’aurait d’autre choix que de sauter entre héroïne, danseurs, décors, choristes et encore héroïne. Pour se relever, le spectacle terminé, soûl, épuisé mais heureux.

Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Emmanuel Bourdieu
Photographie : Eric Gautier
Musique : Grégoire Hetzel
Interprétation : Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny
Pays : France
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 21 mai 2008
Durée : 2h 30min
Année de production : 2007
Distribution : BAC Film
Images © BAC Film

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