House by The River

D’après Pierre Rissient, Fritz Lang n’aimait pas ce film, on suppose que c’est à cause du peu de succès qu’il rencontra à sa sortie : il fut en effet quasiment invisible aux Etats-Unis et ne fut à l’affiche d’aucune salle française, hormis deux séances au Cinéma de Minuit après 1979, soit près de 30 ans après sa sortie officielle aux Etats-Unis.

Lang était un maître pour décrire ce que l’on nomme les fléaux sociaux, comme les assassinats qui furent pour lui une source inépuisable d’histoires dont la plus célèbre est M le Maudit . Sa théorie était qu’en chacun de nous réside un meurtrier potentiel. Nous retrouvons ce postulat dans House by the River .

L’eau est ici un élément important du film, quasi comme un personnage ; elle cache les cadavres mais elle peut tout aussi bien révéler les aspects les plus ténébreux de la nature dont l’homme fait partie. Le fleuve représente en effet une menace permanente, épée de Damoclès, charriant les cadavres d’animaux et les déchets. Mais le fleuve procure également le calme et l’apaisement propice au repos ou à la réflexion. Deux aspects contradictoire que l’on retrouve chez le personnage principal, calme et doux avec sa femme au début du film, mais menaçant et dangereux à la fin. Une vraie transformation s’opère en effet chez lui, sous les yeux inquiets de son épouse, l’écrivain étant incapable de dissimuler une obsession malsaine concernant la disparition de la servante et développant peu à peu une sorte de jouissance morbide à l’idée de son crime, qui ravive son inspiration créatrice.

C’est aussi l’occasion de développer le thème du double, au travers du personnage du frère, thème que l’on trouve dans certains films d’Hitchcock tels que La Corde ou L’Inconnu du Nord-Express . Celui qui tue et celui qui, par fidélité et dévouement, est complice, l’égoïste et « l’altruiste ». Brutalement cette dualité est brisée. Il ne peut en rester qu’un et c’est encore le fleuve qui servira à « effacer » le corps. De même le couple s’effondre, quand (besoin inconscient de se mettre à nu ?) Stephen laisse ouvert son bureau, permettant à sa femme de découvrir la vérité. Tuer à nouveau devient impérieux –nécessité ou désir ?

Mais l’échec, comme le fut sa vie, revient avec son frère. Stephen est en proie à une psychose. Il voit des fantômes venus de son imagination et ne fait plus la différence avec la réalité. Il meurt étranglé par ses propres fantasmes. Dans le roman, il meurt noyé… l’eau pour nettoyer au même titre que le feu.

House by The River porte les traces du cinéma expressionnisme allemand dont Fritz Lang fut un des maîtres, avec le jeu sur les clairs-obscurs, les ombres, où l’on peut se cacher ou révéler ses sentiments, notamment quand Stephen est en bas de l’escalier, lumière éteinte, observant, caché dans la pénombre, la jeune servante descendre les escaliers – il est alors passé de la lumière (extérieur de la maison) au côté obscur (intérieur) pour ne plus en sortir puisqu’il commettra alors un crime. “Se dissimuler dans le noir, y trouver refuge, c’est se vouer définitivement aux forces maléfiques, être à jamais opaque à toute lumière???, explique Jean Douchet à propos d’Hitchcock, qui fit son apprentissage cinématographique dans les années 20 en Allemagne.

Ce film est donc le récit d’un assassinat et d’une sombre histoire de famille dont les membres entretiennent des liens complexes. Peut-être une manière pour Fritz Lang d’évacuer et d’éliminer les soupçons de meurtre qui planèrent sur lui après la mort de sa première femme au début des années 20 en Allemagne ?

House by The River , sans être exceptionnel, est un bon film noir comme savaient en produire les studios hollywoodiens durant l’après-guerre. Servi par des acteurs formidables, produit par un studio peu connu du grand public, il contient le thème récurrent du cinéma de Lang, l’homme comme un assassin en puissance.

Les bonus du DVD sont une source très intéressante pour comprendre Firtz Lang et son univers grâce aux interventions de Pierre Rissient, Patrick Brion et Fritz Lang dans une interview passionnante.

Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Mel Dinelli
d’après l’œuvre : A.P. Herbert
Musique : George Antheil
Photographie : Edward Cronjager
Interprétation : Louis Hayward, Jane Wyatt, Lee Bowman, Dorothy Patrick, Ann Shoemaker, Jody Gilbert, Sarah Padden, Peter Brocco, Howland Chamberlain, Leslie Kimmell, Effie Laird, Will Wright
Genre : Film noir
Pays : Etats Unis
Durée : 1h 34 mn
Année : 1950

Le DVD
Langue : Anglais mono
Sous-titrage : Français
Sortie DVD : 23 mai 2007
Distribution France : Wild Side
Son Contenu :
Le Film : House by the River
L’entretien avec Fritz Lang par William Friedkin, réalisateur de L’Exorciste
L’entretien avec le critique Pierre Rissient
L’entretien avec Patrick Brion, Historien du Cinéma
La galerie de photos

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