Image

A l’entrée, The journey , une série de photographies, préambule à une sculpture de cire ; des jambes de femmes, des jambes amputées dont il ne reste que les mollets et les pieds. Installées dans un caisson de verre, posées sur un coussin blanc, ces jambes sont ornées de papillons. Cette mise en scène, à la lisière d’un romantisme désuet, accentue judicieusement la violence de l’œuvre. Peut-être est-ce l’enfermement, peut-être est-ce les armatures en fer qui soutiennent ces jambes, peut-être est-ce cette représentation atrophiée d’un corps, quoi qu’il en soit, le ton est donné. L’artiste ne réduit pas son langage plastique uniquement à son genre sexuel ou à son identité culturelle (bien que les deux soient très présents). Ces œuvres sont empreintes d’une multitude de symboles où la féminité joue avec la brutalité, l’érotisme et même, parfois, la mort.

Au sous-sol de la galerie, un film d’animation, You will be killed . Sur l’écran, un visage de femme emplit tout l’espace. Une bouche entrouverte, des yeux mi-clos, des cheveux noirs flottants, le visage reste là, statique et imperturbable jusqu’à la fin du film. L’image interpelle. Est-ce la mort que l’on voit ou le témoignage furtif d’une jouissance éphémère ? Certainement un peu des deux. Une confrontation entre Eros et Thanatos dont l’artiste a purgé tout pathos, donnant naissance à un univers brutal et ingénu, fait de sons (l’accompagnement sonore est à l’image du film, un assemblage hétéroclite de bruits, d’extraits de musique classique), d’images fixes et d’images en mouvement.
Là où on chercherait à percer les mystères de ce visage, l’artiste bouleverse notre appréhension de celui-ci en y superposant une multitude d’animations. L’image est sans cesse brouillée, striée par des chevelures pendantes, des lignes qui se croisent, des plans, des réseaux, des taches violacées qui dégoulinent, des insectes, des rats, des têtes, des corps. Dans une certaine rage, inlassablement des dessins (dont certains que l’on peut voir exposés dans la galerie) viennent se superposer au visage, le brutalisant parfois, l’intensifiant d’autres fois. Amal Kenawy attaque l’image du visage comme on pourrait attaquer une icône. Il disparaît, il s’efface, mais toujours en transparence on le devine, ce visage immobile et éteint, paradoxe d’un film d’où surgit à chaque instant un incessant mouvement. Puis, dans la salle, le silence se fait, la musique s’arrête. Pendant quelques secondes le visage n’est plus assailli, seul sur l’écran, la peau respire, la chair prend vie, le visage renaît. Un instant de poésie qui clôt le film et crée une porte de sortie à l’univers anxiogène imaginé par l’artiste.

Face à l’écran, on ne cherche pas à tout comprendre, l’artiste nous confine dans le flou, dans le vague, simplement guidé par la violence et le lyrisme des images. L’écran joue le rôle d’un exutoire. Amal Kenawy laisse libre cours à des peurs, des fantasmes, des rêves, une forme de portrait fragmenté de l’artiste, de la Femme, et, certainement, un peu du nôtre aussi.

Amal Kenawy
Empty Skies – Wake up
Du 11 septembre au 31 octobre

Galerie La B.A.N.K
42, rue Volta
75003 Paris
[www.bankgalerie.com->http://www.bankgalerie.com]

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